Depuis les coulisses (1881)
Schoolboy Lyrics >The Outward Bound Edition.
Publié à Lahore après son retour en Inde. Ce poème a sans doute été écrit plus tôt, à 14 ou 15 ans, quand Kipling avait décidé de devenir poète et s’inspirait des grands auteurs, ici Browning qui a une grande influence sur la formation de son écriture poétique. C’est également l’âge où il est amoureux de Flo Garrard et explore ce sentiment dans ses poèmes.
Le poème montre déjà une grande habileté dans la mise en abyme des personnages et des sentiments dans cet étrange théâtre.
Il n’est pas à l’origine présenté en strophe.
Traduction : sauf erreur ce poème n’a pas été traduit en français.
Les ailes du titre original sont le nom donné aux parties latérales de la scène que le public ne voit pas, en français on parle plus facilement des coulisses, même si les ailes n’en sont qu’une partie. Je ne sais pas à quel point l’ambiguïté sur le mot "ailes" joue en anglais, le contexte théâtral étant révélé dès le premier vers.
Le parterre désigne les places les moins chers, par opposition aux loges.
« rouge » en français dans le texte : élément de maquillage théâtral rouge à lèvres ou fard
Belladone : utilisé pour pour dilater et faire briller les yeux
Depuis les coulisses
Nous sommes des acteurs dans les coulisses, avant que la pièce de la vie ne commence,
Alors que le rideau se lève sur nous et le compte de nos péchés :
Tu peux arpenter les planches devant moi tandis que les loges restent stupéfaites,
Moi, avec toutes mes tirades et mon tonnerre, je peux à peine émouvoir le parterre.
Tu peux être une prima donna, séduisant les monarques de ton sourire ;
Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que moi, ton égal, je t’adore sans relâche ?
Quand tu te tiendras sous les feux de la rampe, feras-tu de ton mieux pour briller
Dans ce rôle que les Parques t’ont attribué ? Uniras-tu ton rôle au mien ?
Forceras-tu tes mots, ou les murmureras-tu ? Me tiendras-tu pour un ami,
Depuis le changement du premier décor jusqu’à ce que le rideau tombe sur la fin ?
Quand le rideau tombera sur nous, quand nous aurons entendu les acclamations du public,
Quand les spectateurs qui nous ont regardés auront quitté le parterre et les galeries.
Quand les lumières sont sur le point de s’éteindre, quand les housses fantomatiques sont posées
Sur le pourpre du velours, et que les acteurs se tiennent seuls —
Vieux et ridés, grisonnants et édentés, se disputant près de l’autre porte,
Qui affrontera les ténèbres le premier, et lequel d’entre eux partira le premier
Vers le Grand Inconnu qui s’étend là-bas, là où les lumières
Brillent et vacillent dans l’obscurité d’une redoutable nuit des nuits —
Là où le rouge français ne trompe plus le Diable, où la poudre de perle ne ment jamais,
Et où la belladone ne sert à rien pour ces yeux écarquillés de terreur ?
Quand ils hurleront au parterre, ici, pourrai-je te revendiquer comme mienne ?
Affrontons ce voyage tous deux ensemble — à deux, c’est bien mieux que seul.
Nous répéterons cette farce ensemble pendant un petit petit moment,
Transformons la prose qu’est notre existence en une comédie en vers.
Tu seras le seigneur, et je serai la dame, et daigne prendre ma main ,
Parlons d’une passion qui ne meurt jamais (pour la femme, bien sûr).
Bon, on va jouer ça dans les coulisses, attention ! Je n’ai jamais juré d’être
constant dans le jeu réel, seulement dans la mimique !
À ta place ! Ton regard vagabonde ! Oh—une fille là-bas, dans les coulisses.
(C’est étrange que, pendant la répétition, ce soit ma jalousie qui me brûle!)
Je me disais qu’il vaudrait mieux, pour une fois, jouer la scène jusqu’au bout,
avec beaucoup de sérieux ; on essaie ? Comme le ciel, je suis sincère
(fait de bleu et de planètes en toc !). Eh bien ! Ton serment est assez réel ;
je te crois… mais embrasse-moi ! Cette passion forcée est une triste affaire !
From the Wings
1
We are actors at the side-scenes ere the play of life begins,
With the curtain rising on us and the tally of our sins:
You may pace the boards before me while amazed the boxes sit,
I, with all my rant and thunder, may but hardly stir the pit.
2
You may be a prima donna, winning monarchs with your smile;
What wonder I, your equal, should adore you all the while?
When you stand before the footlights will you do your best to shine
In that part the Fates have cast you? Will you join your part to mine?
3
Will you mouth your words, or murmur? Will you take me for a friend,
From the shifting of the first scene till the curtain brings the end?
When the act-drop falls upon us, when we've heard the audience cheer,
When the people that have watched us leave the stalls and gallery clear.
4
When the lights are near extinguished, when the ghostlike cloths are thrown
O'er the purple of the velvet, and the actors stand alone—
Old and wrinkled, grey and toothless, fighting at the other door,
Who shall face the darkness first, and who of them shall go before
To the great unknown that stretches out away there where the lights
Flare and flicker in the darkness of an awful night of nights—
5
Where French rouge won't cheat the Devil, where pearl-powder never lies,
And the belladonna's useless for wide, terror-stricken eyes?
When they're howling in the pit, here, may I claim you for my own?
Face the journey both together—two are better far than one.
6
We'll rehearse the farce together for a little, little time,
Turn the prose that is our being to a comedy in rhyme.
You be lord, and I'll be lady, and in sufferance take my hand,
Talk of passion never dying (for the woman, understand).
7
So, we'll play it at the wings here, mind! I've never sworn to be
Constant in the real acting, only in the mimicry!
To your place! Your eyes are wandering! Oh—a girl there in the wings.
(Odd that in rehearsing 'tis my jealousy that stings!)
8
I've been thinking it were better just for once to play it through,
Much in earnest; shall we try it? As the heaven I am true
(Made of blue with tinsel planets!). Well! your oath is real enough;
I believe you—only kiss me! This forced passion's dreary stuff!
Editor's note (Nov2024):
The poem was originally not split into verses.
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