F.19. The Flowers

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                                               Les fleurs (1896)

Daily Chronicle > The Seven Seas

Traduction : en vers rimés par J. Castier,
Les sept mers, Louis Conard, 1920.( voir plus bas)

L’introduction du poème est attribuée à une revue littéraire et politique dans laquelle par ailleurs Kipling a été publié : The Athenaeum.
Loin de se limiter à l’Angleterre, le poème évoque les Nations de l’empire : Le Canada, l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle Zélande.

Wood-Robin est le nom canadien du merle d’Amérique qui à la même gorge rouge que le rouge-gorge… et dont le nom rappelle Robin des Bois (Robin Wood).
Erablière : exploitation d’érables pour la production du sirop.
Faites tourner l’heure : peut être faire tourner le sablier, ou remonter le temps…
Muizenberg, Constancia, Wynberg : Afrique du Sud
Fronde de fougère : les fougères n’ont pas de feuilles, mais des frondes
Erskine (rivière), Lorne, Melbourne Coral Lynn (cascade), Otway (cap exposé aux vents des « quarantièmes rugissants) : Australie
Kowhai :Sophora à fleurs jaunes de Nouvelle Zélande
Taupo : Lac de Nouvelle-Zélande
Ratas : vigne forestière
Flax : plante à fleurs rouges qui a le même usage que le lin

Les fleurs

À notre sens, il y a toujours
quelque chose d’un peu exotique, presque artificiel,
dans ces chansons qui, sous des apparences
et des atours anglais, sont pourtant si manifestement le
produit d’autres cieux. Elles nous font l’effet
de traductions ; la faune et la
flore mêmes sont étrangères, lointaines ; la violette dent-de-chien
n’est qu’un piètre substitut à la primevère précoce,
et nous ne pouvons pas non plus croire que le Robin-des-bois
chante aussi joliment en avril que la grive anglaise. »
— « THE ATHENAEUM ».


Achetez mes bouquets anglais !
Du Kent et du Surrey, peut-être—
Des violettes des falaises
Baignées par les embruns de la Manche ;
Des primevères des combes du Devon—
Des ajoncs enflammés des Midlands…
Achetez mes bouquets anglais
Et je vous donnerai tout ce que votre cœur désire !

Achetez mes bouquets anglais !
Vous qui méprisez le mois de mai,
Ne voudrez-vous pas saluer un ami du pays
À l'autre bout du monde ?
Vert sur la neige fondue,
Pâle et fragile, mais le premier…
Achetez ma sanguinaire du Nord
Et je saurai où vous avez grandi !

Robin, le long du chemin forestier, siffle : « Viens à moi !
Le printemps a trouvé l’érablière, la sève coule à flots.
Tous les vents du Canada appellent la pluie des labours.
Prenez la fleur, retournez le temps, et embrassez votre amour encore!

Achetez mes bouquets anglais !
En voici pour répondre à vos besoins –
Achetez une touffe de bruyère royale,
Achetez un botte d’herbes sauvages
Blanches comme le sable de Muizenberg
Balayées par la tempête –
Achetez ma bruyère et mes lys
Et je vous dirai d’où vous venez !

Sous la chaleur de Constantia s'étendent de vastes vignobles —
Trônant et hérissé, le mont douloureux soutient le ciel immaculé —
Lentement, sous les sapins de Wynberg, traîne le charriot incliné —
Prenez la fleur, retournez le temps, et embrassez votre amour encore !

Achetez mes bouquets anglais !
Vous qui ne voulez pas vous retourner –
Achetez ma clématite des bois,
Achetez une fronde de fougère
Cueillie là où l’Erskine bondit
Sur la route de Lorne –
Achetez mon lierre de Noël
Et je dirai où vous êtes né !

À l'ouest, loin de la poussière de Melbourne, les vacances commencent —
Ceux qui se moquent du Paradis font la cour à Cora Lynn —
À travers les grands eucalyptus de South Otway résonne la grande Route du Sud —
Prenez la fleur, retournez le temps, et embrassez votre amour encore !

Achetez mes bouquets anglais !
Voici votre choix, invendu !
Achetez une fleur de myrte rouge sang,
Achetez l’or du kowhai
Jeté en cadeau sur le visage du Taupo,
Signe que le printemps est arrivé –
Achetez mon myrte grimpant
Et je vous rendrai votre foyer !

Genêts derrière la ville venteuse, pollen des pins—
L'oiseau-cloche dans la profondeur feuillue où s'entrelacent les ratas—
La fougère au-dessus de la courbe de la selle, le flax sur la plaine—
Prenez la fleur, retournez le temps, et embrassez votre amour encore !

Achetez mes bouquets anglais !
Vous qui avez les vôtres,
Achetez-les pour l’amour d’un frère
Outre-mer, seul !
Les mauvaises herbes que vous piétinez
Inondent son cœur débordant—
L’oiseau que vous n’avez jamais remarqué,
Oh, elle lui rappelle ses morts !

Loin, très loin, nos foyers s’étendent aux quatre coins des sept mers ;
Malheur à nous si nous l’oublions, nous qui y sommes attachés !
À chacun sa plage natale, ses fleurs, ses oiseaux et sa terre —
Maîtres des Sept Mers, oh, aimez et comprenez !


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Traduction en vers rimés de J. Castier, Les sept mers, Louis Conard, 1920.

Les Fleurs

« A notre goût personnel, il y a toujours quelque chose d'un peu exotique, quasi artificiel, dans des chansons qui, sous un aspect et un costume anglais, sont néanmoins si manifestement le produit d'autres cieux. Elles nous font la même impression que des traductions: jusqu'à la faune, jusqu'à la flore, sont étrangères, différentes; la violette dent-de-chien remplace
bien mal la primevère, et nous ne pouvons pas croire que le rouge-gorge
des bois chante aussi doucement en avril que la grive anglaise. »
The Athenæum.


Achetez-moi mes fleurs anglaises !
L'aubépine du Surrey brun,
Les violettes des Falaises,
Que la Manche poudre d'embrun;
Les coucous des combes Dévones,
Et les bruyères des Midlands,—
Achetez-moi mes fleurs bretonnes:—
J'exaucerai vos vœux brûlants !

Achetez mes bouquets si doux,
Vous pour qui Mai perd sa faconde;
Voyez, c'est l'ami de chez vous,
Qui vient de l'autre bout du monde!
Verte, au sol gris que le vent mine,
Frêle, la prime qui perça —
Achetez ma Norde sanguine,
Et je saurai qui vous berça!

Le rouge-gorge, au bois, siffle: Viens,—l’heure est brève !
L'érable a son printemps, qui fait couler sa sève ;
Les vents du Canada cherchent un grain tentant.
Ma fleur vous fleure
Au fil de l'heure
Tous vos baisers d'antan!

Prenez mes fleurs du sol loyal,
J'en ai pour vos désirs superbes :
Une touffe de jonc royal,
Un bouquet frêle de mes herbes,
Blanches tout ainsi que les sables
De Muysemberg, aux vents bernés,—
Prenez mes joncs, mes lys aimables,
Je vous dirai d'où vous venez !

Dessous Constantia se dore au loin la vigne;
Les monts éblouissants trônent au ciel sans signe;
Sous les pins du Wynberg traîne le char grondant,
Ma fleur vous fleure
Au fil de l'heure
Tous vos baisers d’antan!

Prenez mes fleurs du sol Anglois !
Pour que l'absence soit légère,
Prenez ma clematis-des-bois,
Prenez un bouquet de fougère,
Cueilli d'où l'Erskine serpente,
Sautant vers Lorne en bond gemmé,—
Prenez ma fleur d'hiver grimpante,
Je saurai d'où vous êtes né!

Dès Melbourne, vers l'ouest, la poussière s’attache,—
Qui raille à Paradis, à Cor'Lynn s'amourache, —
Aux caoutchoucs d'Otway la Mer du Sud s’étend,—
Ma fleur vous fleure
Au fil de l'heure
Tous vos baisers d'antan!

Prenez mes fleurs du sol absent !
J'ai ce que votre choix agrée!
Voici la fleur de myrte en sang
Voici la kowhaï dorée,
Dont Taupo garnit son visage
Quand le printemps vient l’égayer,—
Oui, prenez mon myrte sauvage, J
e vous rendrai votre foyer!

Le genêt hors la ville, et le pin que l'on glane,
L'oiseau-cloche au feuillage, au fond de la liane,
La fougère géante, et le chanvre montant,
Ma fleur vous fleure
Au fil de l'heure
Tous vos baisers d’antan !

Prenez les fleurs de mon jardin!
Prenez, grisé de leur semence,
Songeant au frère si lointain,
Seul, par-delà la mer immense.
Cette herbe, que votre pied foule,
Gonfle son cœur jusqu'à pleins bords,—
Cet oiseau perdu qui roucoule
Lui rappelle ses vieux jours morts!

Tout autour des Sept Mers notre foyer s’écarte ;
N'oublions point: ces fleurs nous ont fait notre carte !
Chacun sa fleur, sa rive, et ses oiseaux aimés, —
O Maîtres des Sept Mers, aimez et comprenez !

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The Flowers

"To our private taste, there is always
something a little exotic, almost artificial,
in songs which, under an English aspect
and dress, are yet so manifestly the
product of other skies. They affect us
like translations; the very fauna and
flora are alien, remote; the dog's-tooth
violet is but an ill substitute for the rathe primrose,
nor can we ever believe that the wood-robin
sings as sweetly in April as the English thrush."
—'THE ATHENAEUM'.



Buy my English posies!
Kent and Surrey may–
Violets of the Undercliff
Wet with Channel spray;
Cowslips from a Devon combe–
Midland furze afire–
Buy my English posies
And I'll sell your heart's desire!

Buy my English posies!
You that scorn the May,
Won't you greet a friend from home
Half the world away?
Green against the draggled drift,
Faint and frail but first–
Buy my Northern blood-root
And I'll know where you were nursed!

Robin down the logging-road whistles, "Come to me!
Spring has found the maple-grove, the sap is running free.
All the winds of Canada call the ploughing-rain.
Take the flower and turn the hour, and kiss your love again!

Buy my English posies!
Here's to match your need–
Buy a tuft of royal heath,
Buy a bunch of weed
White as sand of Muizenberg
Spun before the gale–
Buy my heath and lilies
And I'll tell you whence you hail!

Under hot Constantia broad the vineyards lie—
Throned and thorned the aching berg props the speckless sky–
Slow below the Wynberg firs trails the tilted wain—
Take the flower and turn the hour, and kiss your love again!

Buy my English posies!
You that will not turn–
Buy my hot-wood clematis,
Buy a frond o' fern
Gathered where the Erskine leaps
Down the road to Lorne—
Buy my Christmas creeper
And I'll say where you were born!

West away from Melbourne dust holidays begin—
They that mock at Paradise woo at Cora Lynn—
Through the great South Otway gums sings the great South Main—
Take the flower and turn the hour, and kiss your love again!

Buy my English posies!
Here's your choice unsold!
Buy a blood-red myrtle-bloom,
Buy the kowhai's gold
Flung for gift on Taupo's face,
Sign that spring is come–
Buy my clinging myrtle
And I'll give you back your home!

Broom behind the windy town, pollen of the pine—
Bell-bird in the leafy deep where the ratas twine—
Fern above the saddle-bow, flax upon the plain—
Take the flower and turn the hour, and kiss your love again!

Buy my English posies!
Ye that have your own
Buy them for a brother's sake
Overseas, alone!
Weed ye trample underfoot
Floods his heart abrim–
Bird ye never heeded,
Oh, she calls his dead to him!

Far and far our homes are set round the Seven Seas;
Woe for us if we forget we who hold by these!
Unto each his mother-beach, bloom and bird and land—
Masters of the Seven Seas, oh, love and understand!

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