G.23. Gunga Din

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                                                   Gunga Din (1890)


New York Tribune > Barrack Room Ballads ans orter Verses
C’est un des poèmes les plus connus de Kipling, le derniers vers est entré dans le langage courant : « You're a better man than I am, Gunga Din ! »
Le poème fait partie de la sélection de T.S. Eliot
Comme pour les autres
Barrack Room Ballads, l’oralité du texte dit par un soldat (intonation et argot) pose un problème de traduction. J’ai choisi une adaptation plutôt légère, voir la traduction de Castier pour une version plus argotique.


Traductions :
— A.Savine et M. George-Michel,
Les chansons de la chambrée, L’Edition Française Illustrée 1920 ( voir plus bas)

— Louis Henri Nouveau, Sept poèmes des Barraks Room Ballads, M.Darantière, 1925(voir plus bas)
— Jules Castier,
Poèmes choisis par T.S. Eliot, Robert Laffont, 1949 (voir plus bas)
— Dominique Petitfaux,
Poèmes illustrés par Hugo Pratt, Le Tripode 2024.


Le poème et certains épisodes de Soldiers Three ont inspiré un film réalisé en 1939 par Georges Stevens avec Cary Grant, Joan Fontaine et Sam Jaffe dans le rôle de Gunga Din. Blake Edwards cite le film dans la scène d’ouverture parodique de The Party avec Peter Sellers détruisant les décors d’un film intitulé ironiquement : Le fils de Gunga Din. (extrait qui montre la fin du film de Stevens, la scène parodiée par Blake Edwards et Kipling ( un comédien) assistant à la mort de Gunga Din, un must !) Un remake américain adapté à la conquête de l’ouest est réalisé en 1961 par John Sturges, Sergeants 3, ( scène de l'embuscade et du clairon...)avec le trio du Rat Pack Franck Sinatra, Dean Martin et Sammy Davis Jr en ancien esclave noir, transposition de Gunga Din. Stephen Spielberg dit s’être beaucoup inspiré de Gunga Din pour le deuxième Indiana Jones (The Temple of doom)
L’article Wikipedia recense de nombreuses autres citations et reprises qui montrent la continuité de la référence de Gunga Din dans la culture populaire anglo-saxonne. par exemple la version
cartoon de Mister Magoo...
Par ailleurs, le personnage du subalterne, doublement ici, qui sauve la vie du blanc qu’il sert, et même meurt pour lui ,fait partie du « roman colonial »( d’ailleurs parfois bien réel comme ce récit de toutes les guerres où l’officier est sauvé par un simple soldat). Kipling l’impérialiste est tout à fait capable dans ce poème de faire reconnaitre la supériorité morale individuelle d’un colonisé sur un colonisateur. Ce qui lui permet sans doute de le faire, et de renouveler le motif du compagnon du héros qui se sacrifie, est peut-être la figure Kiplingienne de « l’homme fort » qui transcende toutes les différences, raciales ou sociales, et les inverse même, faisant de l’intouchable Gunga Din un « homme meilleur » que le soldat britannique qu'il a sauvé.
Kipling reprend la formule en 1919 pour ses Epitaphs of the War (3. Le serviteur) comme hommage d'un maitre à son serviteur .

Versions chantées : M.Halliwell & D.Miller (baryton , piano), Jim Croce ( folk), adaptation très libre par The Libertines (rock ?), The Phil Warm Woods Quartet (Jazz instrumental), The 3D's (Folk étrange), et beaucoup d'autres...


Gunga Din : Din du Gange, un porteur d’eau fait partie de la caste des intouchables et n’a sans doute pas de nom de famille, plutôt un surnom.
Aldershot : Camp militaire du Hampshire
Injia : prononciation populaire de « Inde »
Bhisti : porteur d’eau
Slippy : glissant, surnom ? Ou allusion à la situation de combat ?
Hithearo : viens ( par) ici
Juldee : dépêche-toi
Mussick : outre à eau
Dooli : Brancard, litière couverte



Gunga Din

Vous pouvez bien causer de gin et de bière
Quand vous êtes cantonnés tranquilles ici,
Et qu’on vous envoie faire des combats à deux sous à Aldershot ;
Mais quand on en viendra au massacre
Vous ferez le boulot grâce à l’eau,
Et vous lècherez les fichues bottes de celui qui en a .
Là-bas , dans la contrée ensoleillée d’Injia,
Où j’ai fait mon temps
A servir Sa Majesté la Reine,
De toute cette bande de faces noires,
Le meilleur homme que j’aie connu
C’était le bhisti de notre régiment, Gunga Din.
C’était : « Din ! Din ! Din !
« Espèce de tas de poussière de brique boiteux, Gunga Din !
« Hé ! Slippy Hitherao !
« De l’eau, apporte ! Panee lao
« Vieille idole au nez tout mou, Gunga Din. »

L’uniforme qu’il portait,
N’était déjà pas terrible par devant,
Et encore moitié moins derrière;
Un bout de torchon tordu
Et une outre en peau de chèvre,
C’est tout l’équipement de campagne qu’il avait pu trouver
Quand le train de troupes transpirant stationnait
Sur une voie de garage toute la journée
Et que la chaleur vous faisait frémir les sourcils,
On criait : « Hé frère! »

Jusqu’à ce que nos gorges soient sèches comme de la brique,
Puis on l’a cogné parce qu’il n’arrivait pas à nous servir tous.
C’était « Din ! Din ! Din !
« Espèce de païen, où diable étais-tu passé ?
« Mets-y du juldee,
« Sinon ou je te démolis sur-le-champ,
« Si tu ne remplis pas mon casque, Gunga Din ! »

Il allait sans cesse portant son outre
Jusqu’à ce que la plus longue journée soit terminée ;
Et il semblait ne pas savoir à quoi sert la peur.
Que nous chargions, que nous décrochions ou que nou sabrions,
Vous pouviez parier votre fichue caboche,
Qu’il attendait à cinquante pas, à l’arrière du flanc droit.
Avec sa mussick sur le dos,
Il bondissait au rythme de notre attaque,
Et nous gardait à l’œil jusqu’à ce que les clairons sonnent « Retraite »,
Et malgré son cuir crasseux,
Il était blanc, parfaitement blanc, à l’intérieur,
Quand il allait secourir les blessés sous le feu !
C’était « Din ! Din ! Din ! »
Avec les balles qui soulevaient la poussière du sol.
Quand les cartouches ont été épuisées,
On entendait les premières lignes gueuler :
« Hé ! Les mules de munitions et Gunga Din ! »

Je ne pourrai oublier cette nuit-là,
Quand je suis resté à la traîne du combat,
Avec une balle là où aurait dû se trouver ma plaque de ceinturon.
J’étais fou de soif,
Et le premier à m’apercevoir
Était notre bon vieux Gunga Din, souriant et grognant.
Il m’a soulevé la tête,
Il a bouché là où je saignais,
Et il m’a donné une demi-pinte d’eau verte.
Ça grouillait et ça puait,
Mais de toutes les boissons que j’ai bues,
C’est celle de Gunga Din que j’apprécie le plus.
C’était « Din ! Din ! Din !
« Voilà un pauvre bougre avec une balle dans la rate »
« Il mord la poussière,
« Et gigote dans tous les sens :
« Pour l’amour de Dieu, apporte l’eau, Gunga Din ! »

Il m’a porté loin d’là,
Là où se trouvait un dooli,
Et une balle a traversé net ce pauvre gars
Il m’a mis à l’abri
Et juste avant de mourir,
“J’espère que vous avez aimé vot’boisson,” dit Gunga Din.
Alors je le reverrai plus tard
Là où il s’en est allé —
Où il y a double exercice et pas de cantine ;
Il sera accroupi sur les braises,
À donner à boire aux pauvres âmes damnées,
Et j’aurai une rasade en enfer de Gunga Din !
Oui, Din ! Din ! Din !
Espèce de dur à cuir de Lazare, Gunga Din !
Même si je t’ai battu et écorché vif,
Par le Dieu vivant qui t’a créé,
Tu es meilleur homme que moi, Gunga Din !

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§


Traduction de A.Savine et M.George-Michel, Les chansons de la chambrée, L’Edition Française Illustrée 1920.
Les droits de M; George-Michel n’étant pas dans le domaine public, je donne le poème avec l'aimable autorisation des ayants droit, qui en conserve le copyright.


GUNGA-DIN

Vous pouvez parler de gin et de bière là-bas,
Quand vous êtes en sûreté dans une caserne,
Et qu'on vous envoie faire des manœuvres pour rire à Aldershot.
Mais quand on en vient à la tuerie,
Vous aurez à faire la corvée de l'eau,
Et vous lécherez les sacrées bottes de celui qui en a trouvé.
Or, sous le ciel ensoleillé de l'Inde
Où j'ai passé un bon temps
Au service de Sa Majesté la Reine,
De tous les types à face noire,
Le plus brave homme que j'ai connu,
C'était le bhisti (1) de notre régiment, Gunga-Din.
Et l'on criait: " Din ! din ! din !
Hé ! morceau de brique à polir, traînard, Gunga-Din!
He! Hitherao glissant!
De l'eau! tâche d'en trouver ! Panée lao,
Vieille idole de Gunga-Din, au nez épaté."

L'uniforme qu'il portait,
Ce n'était presque rien par devant
Et il n'y avait pas la moitié de ce rien par derrière.
Un bout de chiffon roulé
Et une outre en peau de chèvre,
Voilà tout l'équipement de campagne qu'il avait pu trouver.
Une fois, comme le train militaire faisait une halte
D'un jour à un embranchement,
Comme la chaleur vous contractait vos sacrés sourcils:
On criait: << Harry by !» (2),
Jusqu'à ce qu'on eût la gorge sèche comme de la brique,
Et nous lui flanquions une raclée parce qu'il n'arrivait pas à nous servir tous.
Et l'on criait: «Din! din! din!
Païen que tu es, où diable es-tu donc passé ?
Il va falloir te juldee (3),
Ou je te marrou (4) tout de suite, si tu ne remplis
pas mon casque, Gunga-Din. "

Il était capable de vous porter un homme
Pendant tout un long jour,
Et il avait l'air de ne pas savoir ce que c'est que la peur.
Si l'on chargeait, si l'on rompait, si l'on coupait,
Vous pouviez parier votre sacrée caboche
Qu'il était à cinquante pas en arrière du flanc droit,
Avec son outre pleine sur le dos.
Il réglait ses bonds sur notre attaque
Et veillait sur nous jusqu'à ce que les clairons
donnassent le signal de la retraite.
Et bien qu'il eût une sale peau noire,
Il y avait dedans une âme blanche, bien blanche,
Quand il venait soigner les blessés sous le feu.

Et l'on criait: «Din! din! din! "
Pendant que les balles semaient des taches de poussière sur l'herbe verte,
Quand les cartouches allaient manquer,
On entendait crier par les rangs :
" Hé! les mules qui portent les munitions et Gunga-Din!"

Je n'oublierai jamais la nuit
Où je tombai en arrière de la ligne de bataille,
Atteint d'une balle là où aurait dû être la plaque de mon ceinturon.
J'étais étranglé, enragé de soif,
Et l'homme qui fut le premier à m'apercevoir,
Ce fut notre bon vieux Gunga-Din, grimaçant grognon.
Il me souleva la tête,
Et tamponna la plaie saignante,
Et me donna une demi-pinte d'eau verte.
Ça fourmillait, ça puait,
Mais de tout ce que j'ai bu,
C'est de cette boisson-là que j'ai été le plus reconnaissant à Gunga-Din.

Et l'on criait: " Din! din! din!
Voici un malheureux à travers de la route.
Il mord à même la terre,
Il lance des ruades de tous côtés.
Au nom de Dieu, trouve de l'eau, Gunga-Din! "
Il m'emporta où se trouvait une civière,
Et une balle vint qui traversa net le misérable.
Il me mit à l'abri dans la civière—
Et juste avant de mourir:
" J'espère, me dit Gunga-Din, que vous avez
trouvé l'eau à votre goût. "

Donc je le rencontrerai plus tard,
A l'endroit où il est allé,
Où il y a toujours peloton de chasse et pas de cantine.
Il sera accroupi sur les charbons,
Occupé à donner à boire aux pauvres âmes damnées.
Et j'obtiendrai en Enfer de Gunga-Din une gorgée.

Oui, Din! din! din!
Gunga-Din qui a la peau de Lazare,
Bien que je vous aie donné des coups de ceinturon, bien que je vous aie écorché,
Par le Dieu vivant qui vous a créé,
Vous êtes un homme meilleur que moi, Gunga-Din!


(1) Apporte de l'eau tout suite.
(2) Harry by! pour Atkins, équivaut à frère.
(3) Te grouiller.
(4) Cogne.


§§§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en vers rimés de Louis Henri Nouveau, Sept poèmes des Barraks Room Ballads, M.Darantière, 1925.
La traduction n'étant pas pas dans le domaine public, je ne donne que le début à titre d'illustration et de comparaison. L'intérêt de cette traduction est de s'attacher à la fois au respect de la forme poétique et du niveau le langue du soldat narrateur transposé en argot d'un militaire français d'Afrique.

Gunga Din

Pouvez parler d' gin ou d' bière
Dans un' casern' bien pépère
Ou dans ces manœuvr's à la noix d'Aldershot
Mais quand vient l'vrai coup d'tabac
Faudra trouver d'l'eau là-bas
Et vous bais'rez les souliers d'qui qu'à d'la flott
Aux Indes sous l'soleil brûlant
Où j'ai passé un bout d'temps
A bien servir sa majesté "The Queen"
De tou's ces peaux noir's pieds nus
L'plus chic typ que j'ai connu
C'était notre vieux porteur d'eau Gunga Din
C'était Din! Din! Din!
Eh rampeur, lampeur de briqu' pilée Gunga Din
Eh dégrouill' toi, vieux yogui
Trouve ed l'eau, allez Sidi
Tête de pipe ed vieux Boudha d' Gunga Din
[...]


§§§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction en alexandrins et octosyllabes de Jules Castier, Poèmes choisis par T.S. Eliot, Robert Laffont, 1949


GUNGA DIN

Ah, vous pouvez parler d'bons verr's de schnick et d'bière,
Quand on est caserné, bien tranquille et pépère,
Avec combats d'quatr'sous, et le camp à la porte.
Mais quand on s'cogn' vraiment, et qu'c'est du sal' boulot,
I'faut fair' son turbin sans rien pinter que d' l'eau,
Et on lèch' les deux bott's à celui qui la porte.
Or, dans l'Inde, au climat que l'soleil est ardent,
Où j'ai passé, jadis, ma foi, pas mal de temps
A servir, comm' de just', sa Majesté la Queen,
De tout' la band' de ces noirauds,
L'plus épatant, oui, tant s'en faut,
C'était bien notr' bhisti d'régiment, Gunga Din.
On disait: «Din! Din! Din!
Espèc' d'emplâtre en brique, empoté, Gunga Din!
Ohé, feignant! Ici, là-haut!
De l'eau, amèn', Pani lao! 1
Espèc' d'idole au nez aplati, Gunga Din! "

Son uniforme était déc'vant:
Y'avait pas grand'chos' par devant
Et moins d'la moitié d'ça derrière :
Un bout d'chiffon en fait d'applique,
Avec une outre en bonn' peau d'bique,
C'est tout son fourniment pour la campagne entière,
Et quand notr' train restait, la sueur faisant rage,
Toute un' sacrée journée sur un' sal' voie d'garage,
Où la chaleur tordait nos sourcils à la ronde,
On lui criait: << Hé! Harry baï ! »
La gorge sèche, et qui s'éraill'
Cognant d'sus, parce qu'il ne servait pas tout l'monde.
On disait: " Din! Din! Din!
Espèc' de sal' païen, où qu' t'as mis ta bobine?
Mets-y un peu d'joldi , bon sang,
Ou bien j'te ross'rai sur-le-champ,
Si tu n'viens pas remplir mon casque, hé, Gunga Din!

I'courait, fallait voir comme i'filait, l'mâtin,
Jusqu'à c'que l'plus long jour soy' venu à sa fin,
Et i' paraissait pas savoir c'que c'est qu'la frousse.
Quand on chargeait, courait, et qu'ça tapait bien dur,
On aurait pu parier jusqu'à sa ch'mis', bien sûr,
Qu'il attendrait à cinquant' pas derrière, en douce.
Son massick ¹ sur le dos, qui claque,
I'bondissait avec l'attaque,
Jusqu'à c'que les clairons sonn'nt:
Retraite en bataille;
Malgré son teint peu ragoûtant,
Il était blanc, bien blanc, en d'dans
Quand il allait soigner les nôtr's sous la mitraille,
On disait: «Din! Din! Din!"
Les ball's faisaient voler la poussière qui s'débine.
Et quand i'gnavait plus d'cartouches,
Les gars de d'vant gueulaient, farouches:
Hé ! Les mulets d'l'éch'lon, et, bien vit', Gunga Din! "

J'oublierai pas c'te nuit d'misère
Où j'suis tombé, cloué derrière
Par un' balle à l'endroit d'ma plaq' de ceinturon.
Bon Dieu, quell' soif, gosier serré!
Mais le premier qui m'ait r'péré,
C'était c'brav' Gunga Din, souriant, l'œil tout rond.
I' m'a soul'vé douc'ment la tête,
Pansé, jusqu'à c'que l'sang s'arrête,
Et m'a fait boire un quart d'eau verdâtre et infâme;
Elle était tout' grouillante, ell' pue!
Mais, de tout's les boissons qu'j'ai bues,
C'est cell' de Gunga Din que j'ai gardée dans l'âme!
On criait: «Din! Din! Din!
En v'là un qu'a un' ball' dans la rate, - i's'échine;
Le v'là qui bouff' tout' la poussière,
« Le v'là qui rue, devant, derrière,
Ah, pour l'amour de Dieu, vit', de l'eau, Gunga Din!»
Puis i'm'a emporté sans r'tard
Au coin où qu'était un brancard,
Et v'là qu'un' ball' perdue lui a fait son affaire.
I' m'couch' dessus, pour que j'm'en tir',
Et puis, juste au moment d'mourir,
« Ça t'a plu, c' coup d'eau-là », dit Gunga Din, « j'espère. »

Je l'reverrai plus tard, pardi,
Là-bas, où c'est qu'il est parti,
Où c'est toujours corvée, en double,et pas d'cantine.
I's'ra sur les tisons brûlés,
Donnant à boire aux pauvr's damnés
Et j'aurai ma lampé' des mains de Gunga Din !
Oui, mon vieux Din! Din! Din!
T'es vraiment un Lazare au bon cuir, Gunga Din!
J'tai battu, rossé, en effet, Mais, par Dieu vivant qui t'a fait,
Tu vaux mieux qu'moi, mon vieux, et j'te l'dis, Gunga Din !

§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§


Gunga Din

You may talk o' gin and beer
When you're quartered safe out 'ere,
An' you're sent to penny-fights an' Aldershot it;
But when it comes to slaughter
You will do your work on water,
An' you'll lick the bloomin' boots of 'im that's got it.
Now in Injia's sunny clime,
Where I used to spend my time
A-servin' of 'Er Majesty the Queen,
Of all them blackfaced crew
The finest man I knew
Was our regimental bhisti, Gunga Din.
He was "Din! Din! Din!
"You limpin' lump o' brick-dust, Gunga Din!
"Hi! Slippy hitherao!
"Water, get it! Panee lao
"You squidgy-nosed old idol, Gunga Din."

The uniform 'e wore
Was nothin' much before,
An' rather less than 'arf o' that be'ind,
For a piece o' twisty rag
An' a goatskin water-bag
Was all the field-equipment 'e could find.
When the sweatin' troop-train lay
In a sidin' through the day,
Where the 'eat would make your bloomin' eyebrows crawl,
We shouted "Harry By!"
Till our throats were bricky-dry,
Then we wopped 'im 'cause 'e couldn't serve us all.
It was "Din! Din! Din!
"You 'eathen, where the mischief 'ave you been?
"You put some juldee in it
"Or I'll marrow you this minute
"If you don't fill up my helmet, Gunga Din!"

'E would dot an' carry one
Till the longest day was done;
An' 'e didn't seem to know the use o' fear.
If we charged or broke or cut,
You could bet your bloomin' nut,
'E'd be waitin' fifty paces right flank rear.
With 'is mussick' on 'is back,
'E would skip with our attack,
An' watch us till the bugles made "Retire,"
An' for all 'is dirty 'ide
'E was white, clear white, inside
When 'e went to tend the wounded under fire!
It was "Din! Din! Din!"
With the bullets kickin' dust-spots on the green
When the cartridges ran out,
You could hear the front-ranks shout,
"Hi! ammunition-mules an' Gunga Din!"

I shan't forgit the night
When I dropped be'ind the fight
With a bullet where my belt-plate should 'a' been.
I was chokin' mad with thirst,
An' the man that spied me first
Was our good old grinnin', gruntin' Gunga Din.
'E lifted up my 'ead,
An' he plugged me where I bled,
An' 'e guv me 'arf-a-pint o' water green.
It was crawlin' and it stunk,
But of all the drinks I've drunk,
I'm gratefullest to one from Gunga Din.
It was "Din! Din! Din!
"'Ere's a beggar with a bullet through 'is spleen"
"'E's chawin' up the ground,
"An' 'e's kickin' all around:
"For Gawd's sake git the water, Gunga Din!

'E carried me away
To where a dooli lay,
An' a bullet come an' drilled the beggar clean.
'E put me safe inside,
An' just before 'e died,
"I 'ope you liked your drink" sez Gunga Din.
So I'll meet 'im later on
At the place where 'e is gone
Where it's always double drill and no canteen.
'E'll be squattin' on the coals
Givin' drink to poor damned souls,
An' I'll get a swig in hell from Gunga Din!
Yes, Din! Din! Din!
You Lazarushian-leather Gunga Din!
Though I've belted you and flayed you,
By the livin' Gawd that made you,
You're a better man than I am, Gunga Din!

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