Traducteurs et Traductions : Françoise Morvan

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Liste des traducteurs  

Françoise Morvan (1958)

Traductrice, écrivaine, poète, éditrice, dramaturge, essayiste
Agrégée et Docteur en Lettres

De Kipling, Françoise Morvan n'a traduit qu'un poème, mais pas n'importe lequel : Si... Seghers 2018.
Sa carrière de traductrice, pour se limiter à cet aspect de son œuvre, et ses choix de traductions qui placent la poésie au centre de son travail sont particulièrement intéressants, en particulier en lien avec la question de la traduction des marques de l'oralité, très utilisées par Kipling dans certains poèmes (Barrack-Room Ballads).
Elle traduit ainsi l'anglo-irlandais d' Eugène O'Neill en s'inspirant d'un franco-breton oral qui lui vaudra d'être nommée pour le Molière de l'adaptation théâtrale (Désir sous les ormes). Cherchant la qualité poétique, elle poursuit dans cette voie en traduisant John Millington Synge.
Elle traduit avec André Markowicz le théâtre de Tchekhov, Ils obtiennent un Molière pour leur traduction de Platonov.
Ils traduisent également le Songe d'une nuit d'été. et le Roi Lear de Shakespeare
En collaboration avec les metteurs en scène les plus remarquables (M. Langhoff, A. Françon, G.Lavaudant, J.L Martinelli et quelques autres), je peux témoigner de la force de ces traductions pour la scène.
Françoise Morvan traduit ou adapte également pour la jeunesse des textes en anglo-normand ou ancien français français, en russe, en anglais ( Maurice Sendak)
Avec André Markowicz, elle donne une nouvelle traduction de Le Maître et Marguerite de M. Boulgakov.
Pour l'ensemble dont je ne retiens qu'une toute petite partie voir sa bibliographie sur son site.

Sa position sur la traduction est très clairement exprimée sur la page Bienvenue de son site :
"Si plus tard, ayant commencé de travailler sur les traductions d’Armand Robin avec André Markowicz, je me suis trouvée prise dans une expérience de remise en cause de la traduction selon les normes admises en France, c’est qu’il s’agissait de s’opposer à une autre falsification : à cette considération selon laquelle, la traduction étant trahison, tout est possible, y compris la transposition de la métrique la plus stricte en prose relâchée. La traduction aussi est le contraire de la contrefaçon."

Françoise Morvan consacre une page de son site à sa traduction de Kipling. Un cas d'école
Je recommande la lecture de ce article qui me semble poser les bonnes questions et fournir des réponses très intéressantes :
Elle analyse l'adaptation de Maurois qui adapte jusqu'au contresens et à la trahison non seulement de la lettre, ce qui est la moindre des choses, mais de l'esprit, ce qui serait bien plus grave si Maurois n'avait délégué à un des personnages de son roman Les silences du colonel Bramble la responsabilité de cette parodie.

Pour revenir au texte, Françoise Morvan revient à sa forme poétique anglaise : Strophes, vers, rimes, anaphore structurante de If... dont il faut tenir compte.
Elle fait ensuite la présentation d'une traduction la plus plate ( du genre des miennes) et s'étonne de la légereté avec laquelle les traducteurs ultérieurs ont traité la forme de ce poème, n'en retenant que ce qui les arrangeait. Selon les cas la disposition des rimes, la répétition sont adaptées, et le texte alourdi . Elle y voit la marque de la traduction moderne des poèmes qui en soustrait... la poésie.

Sa description est redoutablement vraie en ce qui me concerne :
"le traducteur s’efforce de montrer qu’il a compris ce que dit le texte anglais ; il va à la ligne quand l’auteur va à la ligne, et le souci de faire tenir les informations sur la ligne supposée correspondre à un vers explique les maladresses de cette étrange prose. Le souci de respecter le sens d’abord et avant tout n’empêche pas que l’on s’en éloigne car il y là nombre d’approximations"

La recherche de la rime pour la rime, et sans le rythme est également sans intérêt : "Soit un système est solide et tient par la cohérence des éléments qui le constituent, soit il n’a pas lieu d’être, et une prose rythmée rendrait mieux compte du texte original qu’un ensemble de vers faux."

Le reproche est ainsi formulé : " [...] le relâchement de la forme induit un flottement qui fait que le sens se perd dans une espèce de flou généralisé. Ce n’est certainement pas un hasard si la version qui comporte le plus d’inexactitudes est celle qui efface le plus la structure du texte."

Et François Morvan conclut : " la prise en compte de la structure du poème amène à restituer le sens avec plus d’efficacité. « Parce que la forme est contraignante, l’idée jaillit plus intense», écrivait Baudelaire[1]. C’est qu’il n’y a pas LE sens, une entité figée à transposer mécaniquement comme on empile les briques de Lego, mais des éléments ouverts à lier en jouant de leur plasticité comme de l’infinie malléabilité de leur environnement. Pour cela, le poème de Kipling, qui appelle à la précision et qui repose sur des structures aussi simples que visibles, offre un merveilleux cas d’école."
Conclusion que je garde en tête chaque fois que je fais une "translation", en en mesurant l'écart et en travaillant à le réduire.

L'article donne en Pdf six traductions du poème et un aperçu de la traduction de Françoise Morvan qui montre assurément le bien fondé de sa "méthode", mais qui d'autre qu'elle saurait l'utiliser aussi bien ?

( L'article se termine sur le livre de Pierre Assouline mais comme je ne l'ai pas encore lu je préfère ne pas commenter cette partie)

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