F.5. The Faithfull Soul

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                                       L’âme fidèle (1886)

Civil and Military Gazette
Jamais publié par Kipling.
Traduction : sauf erreur ce poème n’a pas été traduit en français.
 
Le poème est précédé de :
«  L'Exode des Montagnes est inacceptable sur le fond. » Calcutta Press
« La question de l'Exode agit sur le Calcutta Press comme un chiffon rouge sur un taureau. » Press of Upper India.

L’Exode en question désigne le déplacement de l’Administration coloniale de Calcutta à Simla de mars/avril jusqu’en octobre pour échapper à la saison chaude des Plaines, à partir de 1864. Kipling plus de 20 ans après décrit dans de nombreux poèmes satiriques cet exode administratif, mondain et sentimental, par ailleurs contesté par ceux  qui restent à Calcutta et en critiquent le coût et l’éloignement. Le sujet est débattu dans la presse.

Shéol : Séjour des morts des Hébreux, que Kipling décrit comme l’Enfer chrétien.
Shiloh : Lieu symbolisant la paix.
Silo : conservé  pour le jeu de mots, désigne plutôt une cellule.
De Capoue : surnom donné à Simla en référence à la richesse et au luxe.
Dives : (=Plonge) Nom comique donné par Kipling au mauvais riche qui depuis le séjour des Morts supplie Abraham et Lazare au Ciel de lui envoyer un peu d’eau (Luc XVI. 19-26)
Amaranthe : fleur de l’immortalité

                                                L’âme fidèle

Dans le silo le plus profond du Shéol, où rôtissent avocats et rédacteurs,
Se trouvait l’âme d’un journaliste querelleur qui avait récemment décidé de mourir.
Il s’était battu sur la question de l’Exode, et s’était battu dans le camp des perdants,
Alors il dégaina un éditorial enflammé — puis dégaina un pistolet et mourut.

Dans le silo le plus profond du Shéol, il s’installa confortablement,
Car le Shéol est Shiloh pour ceux qui ont peiné à plaire au public
Et le rugissement du Grand Haut-Fourneau était doux à son cerveau épuisé,
Car il ressemblait au bourdonnement de la salle de rédaction où il n’aurait plus jamais besoin de retourner

Mais la paix est interdite au Shéol ; et, après un éon ou deux,
Le cœur du journaliste turbulent fut envahi par une ancienne obsession—
Par cette ardente et féroce ardeur du conflit qui avait tourmenté son esprit sur terre,
Et il hurla : « Je réglerai la Question dans le berceau même de sa naissance. »

Comme un cheval de guerre répond au clairon, ou un faucon sauvage fond sur sa proie,
Sur la Question de l’Exode, le rédacteur engagea la bataille;
Et démontra, pour la joie des Diables, dans un argumentation concise et claire,
Le crime de demeurer au Ciel douze mois par an.

Il démontra – sous les applaudissements des esprits – comment la plupart de leurs tourments étaient engendrés
Par le « manque de contact » et « l’absence d’un chef permanent et résident ».
Il s’étendit sur la valeur du Shéol, que certains étaient disposés à nier –
Et se moqua de cette nouvelle Capoue, comme il s’en était moqué autrefois.

Tout en louant la direction actuelle — puisque Satan méritait bien des remerciements,
Pour sa note sur le rapport de la Sous-Commission des Réservoirs de Kérosène —
Son devoir envers ses semblables et sa conscience l’obligeaient à déclarer
Que le personnel des Diables subalternes était paresseux et incompétent.

Cela découlait de l'indifférence crasse dont faisaient preuve les Puissances d'en haut,
Dans la Province Inférieure, comme il s'apprêtait à le prouver.
Pour clore la question, il cita sèchement la décision ,
À la troisième relance de Dives, concernant les routes et l'approvisionnement en eau.

Puis, entrant pleinement dans son affaire, il passa une heure éloquente
À démontrer que le Shéol était fait pour être le siège du Gouvernement.
Et, telle est la force des statistiques, les habitants du Shéol avouèrent
Que leur climat sec valait mieux que l’arc-en-ciel, la brume et les nuages.

* * * * *

Puis ses jours de tourments prirent fin. On le fit remonter d’en bas.
Il se leva, un rictus sur le visage—un stylo à moitié mâché entre les dents ;
Il piétina les fleurs d’amarante, tandis que la brise soufflait, joyeuse et fraîche.
« Quoi ! Travailler sous un climat parfait ! » dit-il, « Je suis f— si je le fais.

J’ai vécu de ma chère vieille rancune sur Terre, et—hum— ailleurs,
Lors des réunions publiques là-bas, on m’élit à la présidence.
Et puis, le principe est pourri. Vous me demandez de l’approuver —Non !
En signe de protestation permanente concrète, je choisis de rester en bas ! »

Et les éons vinrent et passèrent , et les mondes jeunes vieillirent,
Et les étoiles se consumèrent en cendres, et le Soleil devint terne et froid.
Dans le silo le plus profond du Shéol, avec brochures, discours et plume,
Il débattit sans fin la Question de l’Exode pour toujours et à jamais, amen !


                                    The Faithful Soul

1
In the nethermost silo of Sheol, where Lawyers and Editors fry,
Was the soul of a turbulent pressman who had lately decided to die.
He had fought on the Exodus Question, and fought on the losing side,
So fired one white-hot leader—then fired a pistol and died.
2
In the nethermost silo of Sheol he settled himself at his ease,
For Sheol is Shiloh to those who have laboured a public to please
And the roar of the Great Blast-Furnace was sweet to his jaded brain,
For it seemed like the hum of the press-room he never need enter again.
3
But peace is forbidden in Sheol; and, after an aeon or so,
The heart of the turbulent pressman was filled with an old-time woe—
With the fine, fierce ardour of conflict that harried his spirit on earth,
And he howled:—'I will settle the Question in the ultimate home of its birth.'
4
As a war-horse answers the bugle, or wild hawk stoops to its prey,
On the lines of the Exodus Question the Editor started the fray;
And proved to the joy of the Devils, in argument terse and clear,
The crime of remaining in Heaven for twelve months out of a year.
5
He showed–while the spirits applauded—how most of their torments were bred,
Through 'want of touch' and 'the absence of a permanent, resident head'.
He dwelt on the value of Sheol, which some were disposed to deny—
And scoffed at the Capuan playground, as he scoffed in the days gone by.
6
Though praising the present direction—since Satan deserved much thanks,
For his note on the Sub-Committee's report of the Kerosine Tanks—
His duty towards his fellows and conscience compelled him to state
The staff of subordinate Devils was slack and inadequate.
7
This rose from the crass indifference displayed by the Powers above,
In the state of the Lower Province, as he was prepared to prove.
By way of clinching the question, he quoted the ruling dry,
On a third reminder from Dives, re roadways and water-supply.
8
Then, getting abreast of his business, an eloquent hour he spent
On showing that Sheol was made for the seat of the Government.
And, such is the force of statistics, the people of Sheol avowed,
Their own dry climate was better than rainbow and mist and cloud.
                      
                    *          *          *         *          *

9
Then the days of his torment ended. They called him up from beneath.
He rose with a sneer on his visage—a half-chewed pen in his teeth;
He trampled the amaranth blossoms, the breeze blew cheery and chill.
'What! Work in a perfect climate!' said he, 'I am d—d if I will.
10
I have lived on the dear old grievance, on Earth, and,—ahem—elsewhere,
At the public meetings down yonder, they vote me into the chair.
And, further, the principle's rotten. You ask me to sanction it—No!
As a practical permanent protest, I choose to remain below!'
11
And the aeons came and departed, and worlds that were young grew old,
And the Stars burnt out into ashes, and the Sun got dingy and cold.
In the nethermost silo of Sheol with pamphlet, oration, and pen
  He threshed out the Exodus Question for ever and ever amen!

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