Le don de la mer (1890)
The English Illustrated Magazine> Barrack-Room Ballads
Traduction : Le poème n’a pas été traduit dans la seule traduction française des Barrack-Rooms ballads ( tr Savine) et sauf erreur il n’a pas été traduit en français.
La Kipling Society note qu’il s’agit d’une tragédie victorienne classique. Le titre est sombrement ambigu.
Le chant du Passage évoque les rituels traditionnels qui accompagaient la mort, qui pouvait être accompagnés de chants. Le plus célèbre est le Lyke-Wake Dirge en dialecte du Yorkshire (Dirge : lamentation funèbre.) qui raconte le voyage de l’âme après la mort pendant la veillée funèbre.
Le don de la mer
L’enfant mort reposait dans son linceul,
Et la veuve veillait à ses côtés ;
Et sa mère dormait, et la Manche déferlait
La tempête face à la marée.
Mais la mère se moquait de tout cela.
« J’ai perdu mon mari en mer,
« Et l’enfant est mort. Taisez-vous », dit-elle,
« Que pouvez-vous encore me faire ? »
La veuve veillait le mort
Et la bougie se consumait lentement,
Et elle essayai de chanter le Chant du Passage
Qui invite la pauvre âme à partir.
Et « Que Marie te prenne maintenant », chanta-t-elle,
« Toi qui reposais contre mon cœur. »
Et « Que Marie lisse ton berceau ce soir »,
Mais elle ne parvint pas à dire « Pars ».
Alors vint un cri depuis la mer,
Mais le givre marin aveuglait la vitre,
Et « N’avez-vous rien entendu, mère ? » dit-elle,
« C’est l’enfant qui attend de passer. »
Et la mère, hochant la tête, soupira.
« C’est une brebis qui met bas dans les ajoncs,
« Car pourquoi une âme baptisée crierait-elle,
« Elle qui n’a jamais connu le péché ? »
Ô pieds que j’ai tenus dans ma main,
« Ô mains que j’ai serrées contre mon cœur,
« Comment pourraient-ils connaître le chemin à suivre,
« Et comment pourraient-ils soulever le loquet ? »
Ils ont posé un drap devant la porte,
Avec la petite couverture par-dessus,
Pour qu’il ne souffre ni du froid ni de la saleté,
Mais le cri ne cessait pas.
La veuve souleva le loquet
Et plissa les yeux pour mieux voir,
Puis ouvrit la porte sur le rivage amer
Pour laisser l’âme se libérer.
Il n’y avait ni lueur ni fantôme,
Il n’y avait ni esprit ni étincelle,
Et « N’avez-vous rien entendu, mère ? » dit-elle,
« C’est pour moi qu’on crie dans l’obscurité. »
Et la mère, en hochant la tête, soupira :
« C’est le chagrin qui vous trouble ;
« N’avez-vous pas encore appris le cri de la sterne,
« Ni le gémissement de la mouette emportée par le vent ? »
« Les sternes sont poussées vers l’intérieur des terres,
« La mouette grise suit la charrue.
« Ce n’était pas un oiseau, la voix que j’ai entendue,
« Ô mère, je l’entends maintenant ! »
« Reste tranquille, mon cher agneau, reste tranquille ;
« L’enfant est désormais hors de danger,
« C’est la douleur dans votre sein qui a troublé votre repos,
« Et la sensation d’un bras vide. »
Elle repoussa sa mère,
« Au nom de Marie, laissez faire
Pour la paix de mon âme, je dois partir », dit-elle,
Et elle partit vers la mer qui l’appelait.
Au pied de la jetée battue par le vent,
Là où s’entassaient les algues enchevêtrées,
Elle retrouva la vie qu’elle avait manquée d’une heure,
Car elle trouva un petit enfant.
Elle le coucha contre son sein,
Et elle revint auprès de sa mère,
Mais il ne voulait ni téter ni l’écouter,
Bien qu’elle lui eût donné le nom de son propre enfant.
Et l'enfant mort ruisselait sur sa poitrine,
Et le sien gisait, raide, dans son linceul ;
Et « Que Dieu nous pardonne, mère », dit-elle,
« Nous l'avons laissé mourir dans le noir ! »
The Gift of the Sea
1
The dead child lay in the shroud,
And the widow watched beside;
And her mother slept, and the Channel swept
The gale in the teeth of the tide.
2
But the mother laughed at all.
“I have lost my man in the sea,
“And the child is dead. Be still,” she said,
“What more can ye do to me?”
3
The widow watched the dead,
And the candle guttered low,
And she tried to sing the Passing Song
That bids the poor soul go.
4
And “Mary take you now,” she sang,
“That lay against my heart.”
And “Mary smooth your crib to-night,”
But she could not say “Depart.”
5
Then came a cry from the sea,
But the sea-rime blinded the glass,
And “Heard ye nothing, mother?” she said,
“’Tis the child that waits to pass.”
6
And the nodding mother sighed.
“’Tis a lambing ewe in the whin,
“For why should the christened soul cry out
“That never knew of sin?”
7
“O feet I have held in my hand,
“O hands at my heart to catch,
“How should they know the road to go,
“And how should they lift the latch?”
8
They laid a sheet to the door,
With the little quilt atop,
That it might not hurt from the cold or the dirt,
But the crying would not stop.
9
The widow lifted the latch
And strained her eyes to see,
And opened the door on the bitter shore
To let the soul go free.
10
There was neither glimmer nor ghost,
There was neither spirit nor spark,
And “Heard ye nothing, mother?” she said,
”’Tis crying for me in the dark.”
11
And the nodding mother sighed:
”’Tis sorrow makes ye dull;
“Have ye yet to learn the cry of the tern,
“Or the wail of the wind-blown gull?”
12
“The terns are blown inland,
“The gray gull follows the plough.
“’Twas never a bird, the voice I heard,
“O mother, I hear it now!”
13
“Lie still, dear lamb, lie still;
“The child is passed from harm,
“’Tis the ache in your breast that broke your rest,
“And the feel of an empty arm.”
14
She put her mother aside,
“In Mary’s name let be!
“For the peace of my soul I must go,” she said,
And she went to the calling sea.
15
In the heel of the wind-bit pier,
Where the twisted weed was piled,
She came to the life she had missed by an hour,
For she came to a little child.
16
She laid it into her breast,
And back to her mother she came,
But it would not feed and it would not heed,
Though she gave it her own child’s name.
17
And the dead child dripped on her breast,
And her own in the shroud lay stark;
And “God forgive us, mother,” she said,
“We let it die in the dark!”
Laisser un commentaire