H.23. Hymn To Physical Pain

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                                    Hymne à la douleur physique (1932)

Limits and Renawals> Inclusive Verse
Le poème précède la nouvelle
The Tender Achilles : Un chirurgien qui a exercé au front pendant la Grande Guerre souffre sans doute de ce qu’on appellerait un syndrome post traumatique. Rongé par la culpabilité, il doute de ses qualités professionnelles. Ses amis médecins utilisent un subterfuge physique pour soigner son traumatisme psychique.
Kipling utilise une fois de plus le langage religieux pour imager un propos qui ne l’est pas. Ici il l’inverse dans une prière paradoxale ( langage des Psaumes ) à la Douleur Physique qui est appelée pour éloigner les douleurs morales ( le Ver et le Feu) associées à l’Enfer. Son propos diffère des traditions de la douleur rédemptrice
, elle est ici miséricordieuse. En convergence avec ce que la psychologie moderne identifie comme une fonction de régulation émotionnelle de la douleur, Kipling décrit une fonction apaisante paradoxale de la douleur physique : elle masque ou fait diversion à une douleur psychique jugée plus insupportable, momentanément. Cette brieveté de l'apaisement peut constituer un nouvel Enfer.
Le poème a donné lieu à de nombreux commentaires insistant sur le désespoir qui devait animer Kipling pour écrire un tel poème, voir
Hymn of Breaking Strain.

Traduction : par Daniel Nury, La Pléiade, Gallimard. 2001

Le fidèle Ver / le feu inébranlable : référence biblique Isaïe 66:24 : le Ver et le Feu représentent la souffrance spirituelle du châtiment infernal
« Les yeux sans paupières de la nuit qui fixent nos larmes » rappelle « le visage aveugle qui pleure et ne peux essuyer ses yeux » qui hantent le personnage de
At the end of the Passage,(cf le poème Himalayan) évoqué également dans le poème La Nuit Blanche.
« Tendres miséricordes » expression biblique associée à la miséricorde divine, ironiquement associée ici à la douleur
.

Hymne à la douleur physique

Redoutable Mère de l'oubli,
Qui, lorsque commence Ton règne,
Effaces la détresse de l'âme
Et le souvenir de ses péchés.

Le fidèle Ver qui ne meurt point –
Le Feu inébranlable aussi,
Par ton stratagème, sont oubliés
Dans un malheur plus absolu.

À toi appartiennent les yeux sans paupières de la nuit
Qui fixent nos larmes,
Au cours de ces heures qui, à nos yeux,
Dépassent mille ans.

À Toi appartient l'épaisseur des Ténèbres
Qui pèse sur notre douleur,
Tout comme à Toi appartient l'Aube qui nous invite à contempler
À nouveau le visage grimaçant de la Vie.

À toi appartient cette lassitude épuisée
Qu'aucune promesse ne saurait apaiser,
Qui dit le soir : « Plaise à Dieu que ce soit le matin ! »,
Et le matin : « Plaise à Dieu que ce soit le soir ! »

Et lorsque tes tendres miséricordes prennent fin
Et qu'une vie sans tourments nous sera accordée,
Aussitôt après ce faux répit,
Le Ver et le Feu reprennent.

C'est pourquoi nous Te louons dans les profondeurs,
Et sur nos lits, nous prions
Pour que Tu reviennes, afin que Tu tiennes
Les Tourments de l'Enfer à distance !



Hymn to Physical Pain
••
1
Dread Mother of forgetfulness
Who, when Thy reign begins,
Wipest away the soul's distress
And memory of her sins.
2
The trusty Worm that diest not–
The steadfast Fire also,
By thy contrivance are forgot
In a completer woe.
3
Thine are the lidless eyes of night
That stare upon our tears,
Through certain hours which in our sight
Exceed a thousand years.
4
Thine is the thickness of the Dark
That presses in our pain,
As Thine the Dawn that bids us mark
Life's grinning face again.
5
Thine is the weariness outworn
No promise shall relieve,
That says at eve, "Would God 'twere morn!"
At morn, "Would God 'twere eve!"
6
And when thy tender mercies cease
And life unvexed is due,
Instant upon the false release
The Worm and Fire renew.
7
Wherefore we praise Thee in the deep,
And on our beds we pray
For Thy return, that Thou may'st keep
The Pains of Hell at bay!


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