H.20. Hymn before Action

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                                   Hymne avant le combat (1896)


The Echo > The Seven Seas
La version parue dans The Echo s’intitule A Little Sermon et ne comprend que les strophes une, quatre et six.
Le poème fait partie de la sélection de T.S. Eliot, où il est placé juste avant Recessional, célèbre poème composé pour le jubilé de diamant de la reine Victoria qui évoque la puissance de l’empire et sa chute probable.

Kipling écrit ce poème à la suite du soutien du Kaiser au gouvernement du Transvaal en révolte contre l’Angleterre. Il emprunte sa forme à un hymne anglican. Kipling utilise souvent un langage religieux auquel il ne croit pas au service de discours qui ne l'est pas,  Même si les registres religieux et patriotiques sont habituellement mêlés à cette époque. Exception dans ce genre de poème, Kipling inclut une prière pour l'ennemi et n'évoque pas la victoire.
Il est intéressant de relever la justification/contorsion de la 3e strophe pour faire accepter à Dieu la présence dans « Son » armée de troupes coloniales d’autres religions : ils ont « une » foi, ils agissent par honneur, et s’il y a faute, qu’elle retombe sur les Anglais et non sur ces «alliés » d’une autre foi. Ce n’est pas anecdotique, depuis la révolte des Cipayes de 1857 (soldats indiens de la Compagnie britanniquesdes Indes Orientales) L’armée britannique a dû organiser l’intégration de soldats de religions, de castes et d’origines différentes. Par exemple un soldat hindou de haute caste ne pouvait pas voyager par mer…. Kipling ne substitue pas par hasard l’honneur à la foi. L’Izzat, code moral basé sur l’honneur non seulement personnel mais aussi de la famille, du groupe , du régiment etc… est antérieur à la présence anglaise  qui saura le valoriser et l’utiliser dans l’armée. Kipling anticipe le rôle des troupes coloniales dans les conflits à venir. La demande à Dieu est bien à destination des hommes.

Traduction :
— par . Georges-Bazile ; Les Annales Politiques et Litteraires , 16  Août ’1914 p.135( voir plus bas
— par Jules Castier, Les Sept mers, Louis Conard 1920 et Kipling Poèmes choisis par T.S Eliot, Robert Laffont 1949 ( voir plus bas)

« Pour recevoir Ta mort » Kipling écrit « lesser death » qui semble renvoyer à la mort « mineure » du corps au combat par rapport à la damnation de l’âme, image poursuivie au vers suivant :
«  Marie transpercée de douleur » Luc 2:35 Simeon annonce à Marie: « et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de coeurs soient dévoilées. »,exemple de l'utilisation de la puissance des images religieuses par Kipling.


                                             Hymne avant le combat

La Terre est pleine de colère,
   Les mers sont sombres de courroux,
Les Nations, sous les armes,
   Se dressent sur notre route :
Avant même que nous ne déchaînions nos légions —
   Avant même que nous ne tirions la lame,
Jéhovah des Tonnerres,
   Seigneur Dieu des batailles, viens à notre secours !

Convoitise démesurée et comportement obstiné,
    Cœur orgueilleux, front rebelle —
Oreille sourde et âme indifférente,
   Nous implorons maintenant Ta miséricorde !
Le pécheur qui Te renia,
   L’insensé qui T’ignora,
Tu connais nos jours —
   Seigneur, donne-nous la force de mourir !

Pour ceux qui s’agenouillent à nos côtés
   Devant des autels qui ne sont pas les Tiens,
Qui sont privés de la lumière qui nous guide,
   Seigneur, que leur foi serve d’expiation.
Si nous avons eu tort de les appeler,
   Liés par  l’honneur ils sont venus ;
Que Ta colère ne s’abatte pas sur eux,
   Mais impute-nous la faute.

De la panique, de l’orgueil et de la terreur,
   De la vengeance qui ne connaît aucun frein,
De la hâte irréfléchie et de l’erreur sans règle,
   Protège-nous une fois encore.
Couvre notre indignité,
   Affermis le souffle tremblant,
Dans le silence et sans dévier,
   Pour recevoir Ta mort !

Ah, Marie transpercée de douleur,
   Souviens-toi, tends la main et sauve
L’âme qui viendra demain
   Devant le Dieu qui l’a donnée !
Puisque chacun est né d’une femme,
   Pour chacun dans le besoin le plus extrême —
Vrai camarade et vrai ennemi —
   Madonna, intercède !

Déjà, leur avant-garde se rassemble,
   Déjà, nous nous apprêtons à livrer bataille —
Comme Tu aidas nos pères,
   Aide notre armée aujourd’hui !
Accomplis de signes et de prodiges,
   Manifeste dans la vie comme dans la mort —
Jéhovah des Tonnerres,
   Seigneur Dieu des Batailles, écoute !

                                               §§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction de Georges-Bazile ; Les Annales Politiques et Litteraires , 16  Août ’1914 p.135. Poème traduit et publié dans un florilège de textes patriotiques. A ma connaissance, c'est la seule traduction de Kipling par Georges Bazile.


               L'HYMNE AVANT L'ACTION

La terre est pleine de colère,
Les mers sont noirs de courroux»
Une nation en armes
Se dresse contre notre chemin :
Avant même que nous perdions les légions,
Avant même que nous tirions l'épée,
Jéhovah des tonnerres,
Seigneur Dieu des batailles, aidez-nous'

Ardente convoitise, terre altière,
Coeurs fiers, front rebelle,
Oreille sourde et âme qui nous néglige.
Nous cherchons Ta pitié maintenant'
Le pécheur qui Te blasphéma,
Le fou qui Te laissa de côté,
Nos temps Te sont connus maintenant —
Seigneur, accorde-nous la force de mourir

Pour ceux qui s'agenouillent près de nous
A des autels qui ne sont pas le Tien,
Qui manquent des lumières qui nous guident,
Seigneur, laisse leur foi expier.
Si nous avons fait mal de les appeler,
Liés par l'honneur ils vinrent;
Que Ton courroux ne s'en prenne pas à eux
Mais reporte sur nous le blâme.

Contre la panique, l'orgueil et la terreur,
La vengeance qui ne connaît point de limites,
La hâte légère et l'erreur illégale
Protège-nous encore.
Cache-toi notre indignité,
Rends ferme le souffle tremblant,
Pour, en silence et sans défaillance
Goûter Ta mort plus petite!

     Ah! Marie pleine de douleur,
     Rappelle-toi, attends et sauve
     L'âme qui viendra demain
     Devant le Dieu qui donna!
     Chacun étant né d'une femme,
     Pour chacun à l'ultime besoin —
     Camarade loyal et ennemi loyal —
     Madone, intercède!

     Déjà, leur avant-garde s'avance,
     Déjà, nous faisons face au feu —
     Comme Tu as aidé nos pères,
     Aide nos armées aujourd'hui!
      Plein de signes et de mystères,

Dans la vie, rendu clair dans la mort —
Jéhovah des tonnerres,
Seigneur Dieu des batailles, entendez-nous i

RUDYARD KILPING.

(Traduit par GEORGES-BAZILE.)


                                                      §§§§§§§§§§§§§§§


— par Jules Castier, Les Sept mers, Louis Conard 1920 et Kipling Poèmes choisis par T.S Eliot, Robert Laffont 1949

                                            HYMNE AVANT LA BATAILLE
                                                                  (1896)

La terre est lourde de colère,
Les mers sont sombres de courroux,
Les Pays, armés pour la guerre,
Veulent se lever contre nous :
Avant de lâcher l'ost fumant,
De tirer le fer sans remède,
O Jéhovah du Ciel Tonnant,
Dieu des Combats, à l'aide!

Le bas désir, la foi hautaine,
Le front, le cœur, d'orgueil farci;
L'oreille sourde, et l'âme en peine, —
Nous ne cherchons que Ta merci!
Le pécheur abjurant Ta grâce,
Le fou s'écartant de Tes bords, —
Devant Toi, notre destin passe, —
Pour mourir, rends-nous forts!

Ceux qui, près d'un autel splendide,
A nos côtés sont à genoux,
Mais sans Ta lueur qui les guide,
Oh, que leur foi serve pour nous!
Si, les sommant, nous fîmes mal,
Eux, c'est l'honneur qui les réclame:
Absous-les de courroux fatal,—
Garde pour nous le blâme.

D'orgueil, de terreur, de panique,
De vengeance sans frein ni cor,
De hâte, et de frayeur inique,
Seigneur, protège-nous encor!
Couvre la peur sous Ton égide,
Que le tremblant soit ferme et fort,
Pour qu'en silence il se décide
A recevoir Ta mort!

O Vierge de douleur, Marie,
Sache sauver et recevoir
Toute âme que demain charrie
Devant le Dieu de son pouvoir !
Car la femme les enfanta,
Et, pour l'heure ultime, sans aide,—
— Ennemi sûr, loyal soldat —
Pour eux, Vierge, intercède!

Leur avant-garde a ses repaires, —
Oui, face aux combats délirants :
Comme Tu secourus nos pères,
O, sache secourir nos rangs!
Tangible en signes liminaires
Que vie et mort ont faits grondants,
O Jéhovah des sûrs Tonnerres, Dieu des Combats, entends!

                                       §§§§§§§§§§§§§§§§§

                                      Hymn before Action

1
The Earth is full of anger,
   The seas are dark with wrath,
The Nations in their harness
   Go up against our path:
Ere yet we loose the legions—
   Ere yet we draw the blade,
Jehovah of the Thunders,
   Lord God of Battles, aid!
2
High lust and froward bearing,
   Proud heart, rebellious brow—
Deaf ear and soul uncaring,
   We seek Thy mercy now!
The sinner that forswore Thee,
   The fool that passed Thee by,
Our times are known before Thee—
   Lord, grant us strength to die!
3
For those who kneel beside us
   At altars not Thine own,
Who lack the lights that guide us,
   Lord, let their faith atone.
If wrong we did to call them,
   By honour bound they came;
Let not Thy Wrath befall them,
   But deal to us the blame.
4
From panic, pride, and terror,
   Revenge that knows no rein,
Light haste and lawless error,
   Protect us yet again.
Cloke Thou our undeserving,
   Make firm the shuddering breath,
In silence and unswerving
   To taste Thy lesser death!
5
Ah, Mary pierced with sorrow,
   Remember, reach and save
The soul that comes to-morrow
   Before the God that gave!
Since each was born of woman,
   For each at utter need—
True comrade and true foeman—
   Madonna, intercede!
6
E’en now their vanguard gathers,
   E’en now we face the fray—
As Thou didst help our fathers,
   Help Thou our host to-day!
Fulfilled of signs and wonders,
   In life, in death made clear—
Jehovah of the Thunders,
   Lord God of Battles, hear!

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