In Partibus (1889)
Civil and Military Gazette> Early Verse
Le poème est écrit après le départ de Kipling d’Inde et son voyage à travers le monde. Il s’installe à Londres et découvre la ville et la vie littéraire. Le poème In Partibus est publié dans le journal où il travaillait en Inde et exprime dans une première partie son « mal du pays » qui est surtout un mal de Londres et de son climat. Le poème est souvent cité pour sa deuxième partie et le portrait peu flatteur que fait Kipling du mouvement des « Aesthetes » décadents en particulier Oscar Wilde et Max Beerhom.
Cependant la relation entre Oscar Wilde et Kipling, qui ne se sont jamais rencontrés est plus complexe, de l’admiration à la critique, dans les deux sens. Mais c’est bien Oscar Wilde qui suggère à L.Fabulet et R. d’Humières de traduire The Jungle Book en français.
Traduction : sauf erreur, le poème n’a pas été traduit en français.
In Partibus < latin «in partibus infedelium » : "dans les terres des incroyants". Kipling écrit ce poème pour son lectorat anglo-indien, depuis Londres ironiquement qualifiée de « terre des incroyants. Et aussi pour sa rime avec « bus », contraction de « omnibus » dans la première strophe et mot hindi signifiant « Assez ! Ca suffit » dans la dernière.
Buses : omnibus à impériale, tirés par des chevaux.
In Partibus
Les bus vont à Battersea,
Les bus vont à Bow
Les bus vont à Westbourne Grove
Et à Notting Hill aussi ;
Mais j'en ai assez de Londres
De Shepherd's Bush à Bow.
Je vois la suie sur ma manchette
Et je le sens sur mon nez ;
Je ne peux pas laisser ma fenêtre grande ouverte
Quand souffle un doux zéphyr,
Car il apporte des choses dégoûtantes
Et les laisse tomber sur mes « frusques ».
Le ciel, une soupière graisseuse,
Se referme sur mon front.
Oui, j'ai soupiré après Londres
Et je l'ai maintenant :
La moitié n'est que brouillard et crasse,
Et l'autre moitié, brouillard et vacarme.
Et quand je vais rôder la nuit,
C’est fort agréable de croiser
Ce pieux Britannique qui ramène chez lui
Sa femme et sa douce fille,
À travers quatre miles bondés de vice grouillant,
Projetés dans la rue.
Rien sur Terre n’égale cette horreur,
Exposée dans aucun lieu qui soit
De Suez à Sandy Hook,
De Calais à Port-Saïd ;
Et c’est pour dissimuler leur paganisme
Que ce brouillard abominable fut créé.
Je ne sais pas quand l'aube approche,
Ni quand le jour touche à sa fin,
Car je ne vois toujours que le gaz
Et jamais le soleil,
Et maintenant, me semble-t-il, je me fiche
Et contrefiche de l'un comme de l’autre.
Mais attendez, il y avait une orange, ou
Le jaune d’un vieil œuf ;
Ça aurait pu être un ballon de chez Pears
Ou la dernière attraction de Barnum :
Je l’ai pris pour le soleil et j’ai pleuré
En le regardant à travers la fumée.
Ah ! Voir l’aube s’embraser
Au-dessus du bosquet de manguiers,
Quand, rentrant chez eux à travers les roseaux couverts de rosée,
Les petits chacals trottinent,
Et que la moitié du Bengale se dévoile peu à peu,
Fraichement lavé — au savon Sunlight.
Ah ! Pour un bon grand verre de whisky
Quand soufflent les vents de Noël,
Quand tous les hommes que tu as jamais connus,
Et tous ceux que tu as cessé de connaître,
Sont « inscrits pour le Tournoi,
Et à tout ce qui s’y passe ».
Mais je fréquente des créatures aux cheveux longs,
Aux cols en velours,
Qui parlent des « Finalités de l’Art »,
Des « théories » et des « buts »,
Et meuglent et roucoulent avec les femmes
A propos de leurs âmes bénies.
Ah ! Rencontrer un militaire,
Droit, soigné, ferme,
Qui ne débite pas des bibliothèques remâchées
Ni ne pense la pensée d’un autre,
Et qui marche comme s’il était maître de lui-même,
Et porte les cheveux courts.
Écoutez donc cette voix d’au-delà des mers,
À mes proches hors de portée,
Si jamais vous avez passé une heure
Avec des histoires issues de ma plume,
Par pitié, envoyez quelqu’un ici
Pour m’apporter des nouvelles des hommes !
Les bus vont jusqu’à Islington,
À Highgate et à Soho,
À Hammersmith et à Kew aussi,
Et à Camberwell également,
Mais je ne peux que murmurer « Bus ! »
De Shepherd’s Bush à Bow.
In Partibus
1
The ’buses run to Battersea,
The ’buses run to Bow
The ’buses run to Westbourne Grove
And Notting Hill also;
But I am sick of London town
From Shepherd’s Bush to Bow.
2
I see the smut upon my cuff
And feel him on my nose;
I cannot leave my window wide
When gentle zephyr blows,
Because he brings disgusting things
And drops ’em on my “clo’es”.
3
The sky, a greasy soup-tureen,
Shuts down atop my brow.
Yes, I have sighed for London town
And I have got it now:
And half of it is fog and filth,
And half is fog and row.
4
And when I take my nightly prowl
’Tis passing good to meet
The pious Briton lugging home
His wife and daughter sweet,
Through four packed miles of seething vice
Thrust out upon the street.
5
Earth holds no horror like to this
In any land displayed,
From Suez unto Sandy Hook,
From Calais to Port Said;
And ’twas to hide their heathendom
The beastly fog was made.
6
I cannot tell when dawn is near,
Or when the day is done,
Because I always see the gas
And never see the sun,
And now, methinks, I do not care
A cuss for either one.
7
But stay, there was an orange, or
An aged egg its yolk;
It might have been a Pears’ balloon
Or Barnum’s latest joke:
I took it for the sun and wept
To watch it through the smoke.
8
It’s Oh to see the morn ablaze
Above the mango-tope,
When homeward through the dewy cane
The little jackals lope,
And half Bengal heaves into view,
New-washed—with sunlight soap.
9
It’s Oh for one deep whisky peg
When Christmas winds are blowing,
When all the men you ever knew,
And all you’ve ceased from knowing,
Are “entered for the Tournament,
And everything that’s going.”
10
But I consort with long-haired things
In velvet collar-rolls,
Who talk about the Aims of Art,
And “theories” and “goals,”
And moo and coo with women-folk
About their blessed souls.
11
But that they call “psychology”
Is lack of liver pill,
And all that blights their tender souls
Is eating till they’re ill,
And their chief way of winning goals
Consists of sitting still.
12
It’s Oh to meet an Army man,
Set up, and trimmed and taut,
Who does not spout hashed libraries
Or think the next man’s thought
And walks as though he owned himself,
And hogs his bristles short.
13
Hear now, a voice across the seas
To kin beyond my ken,
If ye have ever filled an hour
With stories from my pen,
For pity’s sake send some one here
To bring me news of men!
14
The ’buses run to Islington,
To Highgate and Soho,
To Hammersmith and Kew therewith
And Camberwell also,
But I can only murmur “Bus!”
From Shepherd’s Bush to Bow.
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