I.15. In Memoriam

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                                              In Memoriam (1883)

Poème non publié par Kipling.
Inclus dans une lettre de remerciement à Mrs Walker, épouse d’un des propriétaires du journal pour lequel Kipling travaille,
The Civil and Military Gazette, chez qui il a fait un séjour à Simla. Résidence d’été du gouvernement et de la bonne société coloniale. Kipling multiplie les clins d’œil et les jeux de mots qui font référence à la vie à Simla, futur théâtre de nombreuses nouvelles et poèmes décrivant la société coloniale anglaise, puis au retour au travail, à la chaleur et à l’ennui de Lahore, d’où le titre ironique. Le poème est signé Ruddy.
Traduction : sauf erreur poème non traduit en français.

Joute à la Bague : jeu chevaleresque médiéval où l’ou doit prendre un anneau du bout de sa lance.
Adlard Tailleur à Lahore.
Clore : traduction d’un jeu de mots intraduisible entre «close» (fermer) et "clothes" ( les vêtements.
Annandyllique : jeu de mots : Anandalle : vallée boisée près de Simla où se trouve l’hippodrome.
Jhampan : chaise à porteur pour dames.
Peliti’s : café confiserie de Simla.
Rickshaw : véhicule à deux roues tiré par un homme, équivalent du «pousse-pousse»
Jakko : montagne dominant Simla, lieu de promenade
Combermere : pont au dessus d’un ravin.
Chick : écran de fenêtre ou de porte ( boueux sans doute à cause de la mousson)
«tombe chaque jour» citation de Shakespeare.
M-ss O'M-R-A = Miss O’Meara.
Presses : Kipling travaille pour un journal, il entend les presses tourner et se trouve donc maintenant loin de Simla
Chaprassi : coursier attaché au journal.
Cheroot : cigare indien
Lotos : Allusion aux Lotophages d’Ulysse, séjour d’oubli voluptueux.
Henry Clays : marque de cigare.
«Vient sur l’esprit de mon rêve» : Citation de Lord Byron :
The Dream
Thermantidote: dispositif rafraichissant : courant d’air entre deux écrans mouillés devant les fenêtres.



In Memoriam

Si je suis resté si longtemps silencieux
Ici, au cœur des plaines,
Croyez-moi, c’était simplement parce que ma cervelle
Ne produirait pas même l’écho d’un chant.

Il m’échoit le sort paisible de chanter ;
Mes vers sont plongés dans une profonde monotonie,
Sauf quand — pour plaire à quelque demoiselle sportive —,
Je joute (et tombe) à la Bague.

Trois cigares noirs pour passer la journée ;
Semaine après semaine , le long mois s'écoule,
Et Adlard m'envoie sa facture pour « clore »,
Que je reçois et aussitôt—classe

Le destrier fougueux ne galope plus
Caracolant (pour deux roupies par jour,
A rembourser si vous les achetez)
À travers les prairies Anandylliques.

Je ne suis plus aux côtés du Jhampan,
Je folâtre sur le Mall bondé,
De quatre heures et demie jusqu'au crépuscule,
Ou je fais un tour à cheval chez Peliti.

Ce n'est plus à travers les pins majestueux
Que soufflent les douces brises de la Colline,
Ce n'est plus, dans la pénombre en contrebas,
Que brille la joyeuse lanterne du « rickshaw ».

Car les bois de Jakko sont loin d’ici
Et, à Combermere,
De l’autre côté du ruisseau boueux, j’entends
La pluie qui « pleut chaque jour ».

Mon âme tendre n'est pas tourmentée
Par l'œil noir et audacieux de M-ss O'M-R-A —
Car, loin de tout passant,
J'entends rouler les presses maussades.

Le sale chaprassi, dans son repaire,
Est assis, silencieux comme un Sphinx enturbanné ;
Et les millions de puanteurs de la ville
Se répandent à l’intérieur, portées par l’air vicié.

Et ainsi, je pose ma botte élégante
Sur le feutre noir comme de l'encre de la table,
Et je repense à d’autres— jours plus heureux,
Et je sanglote au-dessus de mon cheroot bon marché.

Je rêve de journées passées à manger des lotos,
De balades agréables dans des lieux agréables,
D’une demi-centaine de jolis visages,
De bière Solan et de Henry Clays.

Un « changement » tel que celui que Byron écrivit,
« Vient sur l'esprit de mon rêve » ;
J'entends le cri du perroquet agité
Et j'observe le gai thermantidote ;

Trop ému pour trouver les mots, je contemple ses ailes —
J'essuie délicatement chacun de ses yeux, protégés par du verre,
Et, avant de jeter l'encrier,
je me présente comme votre serviteur dévoué,
Ruddy.




In Memoriam
1
If I have held my peace so long
Here, in the bosom of the plains,
Trust me—'t was but because my brains
Would yield no echo of a song.
2
A peaceful lot is mine to sing;
In dullness deep my lines are laid
Save when—to please some sporting maid,
I tilt (and tumble) at the Ring.
3
Three black cheroots the day beguile;
Week follows week—the long month goes,
And Adlard sends his bill for 'close'
Which I receive and promptly—file.
4
No longer flies the fiery steed
Ramping (on two rupees per diem,
To be refunded if you buy 'em)
Across the Annandyllic meads.
5
No longer by the Jhampan's side
I frisk along the crowded Mall
From half past four till evenfall,
Or by Peliti's take my ride.
6
No longer through the stately pines
The soft Hill breezes come and go,
No longer, in the dusk below
The merry 'Rickshaw's lantern shines.
7
For Jakko's woods are far away
And, in the place of Combermere,
Across the muddy chick I hear
The rain that 'raineth every day'.
8
Unharrowed is my tender soul
By M-ss O'M-R-A's bold black eye—
For, far from any passer by
I hear the sullen presses roll.
9
The foul chaprassi in his lair
Sits silent as a turban'd Sphinx;
And all the city's million stinks
Float inward on the frowy air.
10
And so I rest a graceful boot
Upon the table's inky baize,
And think of other—happier days
And sob above my cheap cheroot.
11
I dream of lotos eating days,
Of pleasant rides in pleasant places,
Of half a hundred pretty faces,
Of Solan beer and Henry Clays.
12
'A change' like that which Byron wrote,
Comes 'o'er the spirit of my dream;'
I hear the restless parrot scream
And watch the gay thermantidote;
13
Too moved for words, its wings I study,—
Wipe well each glass protected eye
And, ere I throw the inkstand by
Subscribe myself your truly,
Ruddy.









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