I.13. An Imperial Rescript

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                                         Un rescript impérial (1890)

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Le poème utilise de nombreuses références dans plusieurs domaines. Il est pour cela assez confus et demanderait une contextualisation que la critique ne donne que partiellement.
Le cadre historique est clair :
Le 4 février 1890, Guillaume II adresse à Bismark des décrets impériaux pour la préparation d’une conférence internationale sur l’amélioration de la condition ouvrière, initialement prévue en Suisse.
Le 7 février le
Times présente un article sur la réforme sociale voulue par l’empereur allemand, plutôt progressiste.
Le 10 février Kipling publie An Imperial rescript.( < latin réponse de l’empereur romain sur un point juridique qui a force de loi, l’emploi est ironique de la part de Kipling)
15-29 mars la conférence est réunie à Berlin.

L’interprétation du poème est beaucoup moins claire :
Kipling fait proposer au Kaiser une étrange répartition de la charge de travail en faisant ralentir les «  forts » pour épargner « les faibles ». Les « Seigneurs ouvriers » s’apprêtent signer mais un rire de femme retentit, le rire de l’Esprit de la Femme, semble-t-il, qui fait réagir l’Esprit de l’Homme qui déclare que travaillant pour la femme l’enfant et le foyer, il n’est pas question de travailler moins...
La motion proposée est aussi surprenante : « Vous ne pourrez alléger la malédiction d’Adam qu’après avoir allégé celle d’Ève », c'est à dire semble-t-il pour Kipling, jamais...
L’ensemble se termine par une sort de « jour des fous » qui remet en doute toute la structure du poème.
Kipling s'oppose à toute réglementation du travail, non pour des raisons sociales, mais pour des raisons "naturelles
" : l'homme travaille pour son foyer, sa famille et ne doit pas être limité. par des réglementations.
Kipling exprime sans doute ici son idéologie "libérale" anti "socialiste" qui valorise l'esprit "pionnier" yankee et son rejet de toute régulation, en détournant le regard de l'exploitation du prolétariat né de la révolution industrielle. Sa "démonstration" ironique paraît bien lourde aujourd'hui.



Traduction par A.Savine et M. George-Michel Les chansons de la chambrée, L’édition française illustrée , 1920 (voir plus bas)

Paille et brique référence biblique (Exode 5) En punition, le Pharaon cesse de fournir de la paille aux Juifs mais maintient le quota de briques, le Kaiser paraît au contraire chercher un travail plus équitable pour les ouvriers.
Les Seigneurs de Leurs Mains : les ouvriers
Baltimore (USA), Lille (France) Essen (Allemagne), Brummagem ( = Birmingham, Angleterre) Clyde (Ecosse) et Crewe ( Angleterre) : centres industriels.
W. Hohenzollern : nom de famille du Kaiser.

Les proverbes de la dernière strophe renvoient à des choses impossibles.

Un rescrit impérial

Or voici le récit du Conseil que le Kaiser allemand décréta,
Pour soulager les forts de leur fardeau, pour venir en aide aux faibles dans le besoin,
Il a fait parvenir un message aux peuples, qui peinent, halètent et suent,
Afin que la paille soit comptée équitablement et que le nombre de briques soit fixé.

Les Seigneurs de Leurs Mains se rassemblèrent ; de l’Est et de l’Ouest, ils vinrent —
Baltimore, Lille et Essen, Brummagem, Clyde et Crewe.
Certains étaient noirs des fourneaux, d’autres bruns de la terre,
Et d’autres encore bleus de la cuve à teinture ; mais tous étaient épuisés par le labeur.

Et le jeune Roi dit : « Je l’ai trouvée, la voie vers le repos que vous cherchez :
« Les forts attendront les fatigués, les vigoureux feront halte pour les faibles ;
« Au pas régulier d’une armée où nul ne rompt les rangs,
« Vous marcherez vers la paix et l’abondance, unis par les liens de la fraternité — signez ! »

Le papier reposait sur la table, Les fortes têtes penchées au-dessus,
Et une plainte s’éleva parmi les peuples : « Oui, signez — accordez-nous le repos, car nous mourons ! »
Une main se tendit vers la plume d’oie, un poing se crispa pour griffonner,
Quand soudain—le rire d’une jeune fille aux yeux bleus résonna dans toute la salle du conseil.

Et chacun L'entendit rire tandis que chacun La voyait clairement —
Saidie, Mimi, Olga, Gretchen ou Mary Jane.
Et l'Esprit de l'Homme qui est en Lui s'éveilla à la lumière de cette vision ;
Et les hommes s'écartèrent du papier, tandis qu'un délégué Yankee prit la parole :—

« Il y a une fille à Jersey City qui travaille au téléphone ;
On va atteler nos chevaux et creuser pour construire une maison à nous,
Avec le raccord au gaz et l’eau, et le chauffage à vapeur jusqu’au dernier étage ;
Et, W. Hohenzollern, je crois que je vais travailler jusqu’à ce que je tombe. »

Et un délégué anglais s’écria d’une voix tonitruante : « Au diable les faibles et les infirmes !
J’ai un poste dans les ateliers du Sud-Ouest, un chez-moi sur Wandsworth Road ;
Et tant qu’ l’association n’aura pas pris en charge mes frais d’enterrement,
Je travaille pour les gosses et la femme. M’arrêter ? Que je sois maudit si je le fais ! »

Et parmi les bancs allemands, courut le murmure des barbus :
«Lager, der filles und der dollars, ça fait ou ça défait un homme.
Si Schmitt a empoché der dollars, il s’empare de la fille par la même occasion ;
Mais si Schmitt fait faillite dans der pizness, nous on brend .der fille de Schmitt »

Ils ont adopté une résolution : « Votre sous-commission estime
Que vous ne pourrez alléger la malédiction d’Adam qu’après avoir allégé celle d’Ève.
Mais tant que nous ne serons pas bâtis comme des anges, avec marteau, ciseau et plume,
Nous travaillerons pour nous-mêmes et pour une femme, pour les siècles des siècles, amen. »

Or voici le récit du Conseil que tint l’Empereur allemand —
Le jour où l’on rasa la Meule, le jour où l’on mit une clochette au Chat,
Le jour des Figues sur les Chardons, le jour de cordes de Sable,
Le jour où le rire d’une jeune fille se joua des Seigneurs de Leurs Mains.

§§§§§§§§§§§§§§§§

Traduction par A. Savine et Michel George-Michel Les chansons de la chambrée, L’édition française illustrée , 1920. La traduction de M. George-Michel n'est pas dans le domaine public et n'est reproduit ici qu'avec l'aimable autorisation de ses ayants droit qui en gardent le copyright.


UN RESCRIT IMPÉRIAL

MAINTENANT voici l'histoire du décret que
Pour soulager les forts de leur fardeau, pour aider les faibles dans leurs besoins :
Il envoya un mot aux gens qui luttent, qui peinent, qui suent,
Pour qu'on fît avec justesse le compte de la paille et du nombre de briques à fournir.

Les seigneurs de leurs Bras s'assemblèrent; il en vint de l'Est et de l'Ouest,
De Baltimore, de Lille, de Brummagem, de la Clyde et de Crewe,
Et quelques-uns étaient noircis par la fournaise, et d'autres étaient brunis par la terre.
D'autres étaient bleuis par la cuve à teinture, mais tous étaient accablés par le labeur.

Et le jeune Roi dit : "J'ai trouvé la route que vous cherchez pour avoir du repos.
Les forts attendront ceux qui sont las; les hommes vigoureux s'arrêteront pour les faibles.
Avec le pas lourd et égal d'une armée où nul homme ne s'écarte de la ligne,
Vous marcherez à la paix et à l'abondance dans le lieu de la fraternité. Signez."

Le papier était sur la table. Les fortes têtes se penchèrent dessus.
Une plainte monta d'entre les peuples : "Oui, signez, donnez-nous le repos, car nous mourrons!"
Une main s'étendait vers la plume d'oie, un poing se contractait pour tracer les lettres,

Quand... le rire d'une jeune fille aux yeux bleus tinta clair dans la salle du Conseil.
Et chacun entendit son rire, et chacun la vit distinctement,
Saidie, Mimi, ou Olga, Gretchen ou Marie-Jeanne.
Et l'esprit de l'Homme qui est en Lui s'éveilla à la lumière de la vision,

Et les hommes s'écartèrent du papier, pendant qu'un délégué yankee disait :
Il y a dans Jersey City une jeune fille qui travaille au téléphone.
Nous allons accoupler nos chevaux, et nous bâtir une maison à nous,
Avec le gaz et l'eau, et le chauffage à vapeur jusqu'au toit;
Et, Guillaume Hohenzollern, je crois bien que je travaillerai jusqu'à ce que je tombe!

Et un délégué anglais tonna: " Au diable les faibles et les estropiés!
J'ai une place dans les usines de South-West, un foyer sur la route de Wandsworth,
Et jusqu'au jour où l'Association des funérailles aura marqué mon dernier versement,
Je travaillerai pour les gosses et la femme. Tirez-moi ça. Je veux être damné si je signe! "

Et sur les bancs allemands, ces mots coururent d'une barbe à l'autre :
La piére de gonserfe, les villes et les tollars, voilà ce qui vait ou dévait un homme.
Si Schmitt a mis la main sur les tollars, il met la main sur la ville afec ça.
Mais Schmitt grève sous l'avaire, c'est nous qui brenons la ville à Schmitt."

Et ils votèrent une résolution: " Votre sous-comité est d'avis
Que vous pourrez alléger la malédiction d'Adam quand vous aurez allégé la malédiction d'Ève.
Mais jusqu'au jour où nous serons bâtis comme des anges, du marteau, du ciseau, de la plume,
Nous travaillons pour nous-mêmes et une femme, pour toujours et toujours. Amen!

Et voilà le récit du conseil que tint le Kaiser allemand,
Le jour où l'on fit la barbe à une meule de moulin,
le jour où l'on attacha le grelot au chat,
Le jour où l'on cueillit des figues sur les chardons,
le jour où l'on fit des cordes en sable,

Le jour où le rire d'une jeune fille nargua les Seigneurs de leurs propres Bras.


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An Imperial Rescript
1
Now this is the tale of the Council the German Kaiser decreed,
To ease the strong of their burden, to help the weak in their need,
He sent a word to the peoples, who struggle, and pant, and sweat,
That the straw might be counted fairly and the tally of bricks be set.
2
The Lords of Their Hands assembled; from the East and the West they drew—
Baltimore, Lille, and Essen, Brummagem, Clyde, and Crewe.
And some were black from the furnace, and some were brown from the soil,
And some were blue from the dye-vat; but all were wearied of toil.
3
And the young King said:—“I have found it, the road to the rest ye seek:
“The strong shall wait for the weary, the hale shall halt for the weak;
“With the even tramp of an army where no man breaks from the line,
“Ye shall march to peace and plenty in the bond of brotherhood—sign!”
4
The paper lay on the table, the strong heads bowed thereby,
And a wail went up from the peoples:—“Ay, sign—give rest, for we die!”
A hand was stretched to the goose-quill, a fist was cramped to scrawl,
When—the laugh of a blue-eyed maiden ran clear through the council-hall.
5
And each one heard Her laughing as each one saw Her plain—
Saidie, Mimi, or Olga, Gretchen, or Mary Jane.
And the Spirit of Man that is in Him to the light of the vision woke;
And the men drew back from the paper, as a Yankee delegate spoke:—
6
“There’s a girl in Jersey City who works on the telephone;
“We’re going to hitch our horses and dig for a house of our own,
“With gas and water connections, and steam-heat through to the top;
“And, W. Hohenzollern, I guess I shall work till I drop.”
7
And an English delegate thundered:—“The weak an’ the lame be blowed!
“I’ve a berth in the Sou’-West workshops, a home in the Wandsworth Road;
“And till the ’sociation has footed my buryin’ bill,
“I work for the kids an’ the missus. Pull up? I be damned if I will!”
8
And over the German benches the bearded whisper ran:—
“Lager, der girls und der dollars, dey makes or dey breaks a man.
“If Schmitt haf collared der dollars, he collars der girl deremit;
“But if Schmitt bust in der pizness, we collars der girl from Schmitt.”
9
They passed one resolution:—“Your sub-committee believe
“You can lighten the curse of Adam when you’ve lightened the curse of Eve.
“But till we are built like angels, with hammer and chisel and pen,
“We will work for ourself and a woman, for ever and ever, amen.”
10
Now this is the tale of the Council the German Kaiser held—
The day that they razored the Grindstone, the day that the Cat was belled,
The day of the Figs from Thistles, the day of the Twisted Sands,
The day that the laugh of a maiden made light of the Lords of Their Hands.



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