C.36.The Coastwise Lights

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                                                   Les phares côtiers (1893)

English Illustred Magazine > The Seven Seas
Ce poème appartient à un groupement de 7 poèmes réunis sous le titre A Song of the English 
A Song of the English (prologue)
The Coastwise Lights
The song of the Dead
The Deep-Sea Cables
The Song of the Sons
The Song of the Cities
England's Answer

Les phares, et plus généralement les feux et lumières prévenant des dangers, sont un des éléments de la culture maritime anglaise et sont ici personnalisés ( voir dans le même registre The Bell Buoy, Big Steamers)

Traduction :
— en vers rimés par Jules Castier, Les sept mers, Louis Conard, 1920, reprise dans Kipling, Choix de poèmes par T.S. Eliot, Robert Laffont 1949 ( voir plus bas)
— en vers par Pierre Jean Jouve et Maud Kendall, Les sept mers, Stock, 1924 ( voir plus bas)




« Le plancher lisse et sans ligne » l’expression reprend une image utilisée dans A Song of the English dans laquelle la mer devient aussi sûre pour les Anglais qu’un chemin, un sol, ici un plancher sans lattes, et leur permet de se rendre où ils veulent sur la Terre. L'image est également reprise dans The First Chantey, dans le même recueil.
Le pavillon-maison/fusée : Avant la radio, les phares repéraient les navires et transmettaient leur position aux armateurs.
« Courant la laine du Sud » : Les clippers faisaient « la course » pour apporter le thé en Angleterre, la laine venait d’Australie, il n'y avait plus de course quand écrit Kipling, mais l’image reste forte.
« Croûtes de la mer » traduction de « sea crust » peut-être sel déposé sur les assiettes après une longue traversée ?
Dernier vers énigmatique, les navires n’ont peut-être pas besoin d’expliquer comment il sont arrivés, leur simple présence suffit à montrer l’efficacité des phares anglais ?
Version chantée pour baryton et orchestre ( de la BBC ) Roderick Williams

Les phares côtiers

Nos fronts sont cerclés d’écume et les algues nous arrivent aux genoux ;
Nos reins sont martelés par les mers houleuses et fumantes.
Du récif, du rocher et de l’écueil— par dessus promontoire, cap et baie—
Les Phares Côtiers d'Angleterre regardent passer les navires d'Angleterre !

À travers les interminables soirées d'été, sur le plancher lisse et sans ligne ;
À travers la tempête hurlante de la Manche, quand la sirène hulule et rugit—
Le jour, le pavillon-maison qui s’abaisse, et la nuit, la traînée de la fusée—
Comme les moutons qui paissent derrière nous, nous savons d'où ils viennent.

Nous jetons un pont au-dessus de l'obscurité et enjoignons le timonier à la prudence,
L’éclair qui, tournoie vers les terres, réveille sa femme endormie pour la prière ;
Depuis nos nids d'aigles tourmentés, face à la tempête, nous lions par des chaînes ardentes
L'amoureux tiré du bord de mer—son amour sur les chemins d’Angleterre

Nous saluons les clippers qui voguent toutes voiles dehors, courant la laine du Sud ;
Nous avertissons les cargos rampants de Brême, Leith et Hull ;
À tous et à chacun, un même phare face aux dangers de la mer —
Les navires de guerre aux flancs blancs ou les baleiniers de Dundee !

Approchez, venez de l'Est, des ports de veille du levant !
Remontez, remontez du Sud, ô bohémiens du Horn !
Navettes rapides du métier d'un empire qui nous tisse, d’une mer à l’autre,
Les feux côtiers d'Angleterre vous souhaitent à nouveau la bienvenue !

Allez, remontez la Manche avec la croûte de mer sur vos assiettes ;
Allez, rendez-vous à Londres avec le poids de vos frets!
Hâtez-vous, car on y parle de l'Empire, et on dit que ,si quelqu'un demande,
Les Phares de l'Angleterre vous ont envoyés, par le silence que vous parlerez !

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Traduction en alexandrins rimés de Jules Castier, Les sept mers, Louis Conard, 1920, reprise dans Kipling, Choix de poèmes par T.S. Eliot, Robert Laffont 1949

LES FEUX COTIERS

Nos fronts sont tout couverts de l'embrun qui ruisselle,
L'algue traîne et s'accroche autour de nos genoux ;
Contre nos reins puissants, à nos pieds, s'amoncelle
Le choc des mers fumantes, sans cesse en remous.
Du récif, du rocher, du grand roc solitaire,
Dessus golfes et caps, falaises et plateaux,
Les Feux Côtiers, les Feux des Côtes d'Angleterre,
Regardent au lointain s'enfuir tous ses bateaux!

Le long des soirs sans fin que l'été clair nous penche,
Sur le plancher immense où pas un point ne gît,—
Par la tempête en rut mugissant dans la Manche,
Quand la sirène ulule et sourdement rugit,
De jour, au pavillon qui s'abaisse en prière,
De nuit, par la fusée ardente au ciel éteint,
Ainsi que les brebis qui paissent à l'arrière,
Nous les reconnaissons par leur salut lointain.

Nous lançons notre pont sur la nuit ennemie,
Disant au timonier qu'il veille autour de soi,—
Et nos éclairs, tournant vers la terre endormie,
Eveillent son épouse aux paroles de foi ;
Du haut de notre tour, debout au vent qui rage,
Nous lions, par le feu de nos chaînons complets,
L'amant qui dut quitter le bord de son rivage,
Et l'amoureuse, au fond des frais sentiers anglais.

Nous saluons les grands voiliers aux voiles ternes
Qui luttent de vitesse avec les vents tiédis;
Et nous avertissons les lourds bateaux-citernes
De Brême, Leith, ou Hull, dans leurs cours engourdis;
A tous, comme à chacun, notre lampe est le signe
Qui garde du péril où l'âpre mer les mord,
Aux murs blancs et montants du fier vaisseau de ligne,
Tout comme à l'humble flanc des baleiniers du Nord !

Montez, rentrez, du loin des mers orientales,
Des sûrs gardiens, des ports tout lointains du Levant !
Rentrez en louvoyant, du Sud aux longs dédales,
Romanichels doublant le Horn en son plein vent !
Navettes du métier de notre Empire austère,
Qui nous tissez les mers en rubans familiers,
Les Feux Côtiers, les Feux des Côtes d'Angleterre
Vous lancent leur accueil devers vos vieux foyers !
Allez, remontez tous le chenal de la Manche,
Votre tôle alourdie au dépôt de sel frais,
Remontez jusqu'à Londre, où votre cale épanche
Les chargements pesants que vous avez en frets !
Vite ! On parle d'Empire, et nul ne s'y veut taire ;
Et dites, si quelqu'un fouille vos cœurs dorés,
Que vous fûtes mandés par les Feux d'Angleterre,
Et par votre silence, encor, vous répondrez!

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Traduction en vers de Pierre Jean Jouve et Maud Kendall, Les sept mers, Stock, 1924. La traduction n'étant pas dans le domaine public, je n'en donne que les premiers vers à titre d'illustration et de comparaison. Une étude plus complète est disponible sur le lien Pierre Jean Jouve.

LES PHARES DE LA CÔTE

Nos fronts sont couronnés par les brumes liquides et nous avons sur nos genoux les algues;
Nos reins sont brisés par les mers balançantes, en dessous de nous, par les mers fumantes.
Des récifs écueils et rocs,—par-dessus les pro-montoires les criques les anses,
Les Phares Côtiers d'Angleterre regardent passer les bateaux d'Angleterre !

Pendant les soirs d'été sans fin, la surface est sans un signe, le niveau uni,
Et pendant l'ouragan glapissant sur la Manche, les sirènes sifflent, les sirènes cornent,—
De jour saluant avec les pavillons, de nuit faisant éclater la fusée qui traîne—

Aussi bien que les moutons paissant l'herbe derrière nous,
Nous les reconnaissons nos bateaux qui appellent!

Nous jetons un pont sur le noir, l'ordre de veiller au pilote,
Et l'éclair virant vers la terre
Réveille sa femme endormie, afin qu'elle prie;
Du haut des airs ravagés, front à l'orage, nous lions par des chaînes flambantes
L'amant tiré du cerne de la mer—et son amour entre les haies vertes d'Angleterre.
[...]


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                                      The Coastwise Lights

1
Our brows are bound with spindrift and the weed is on our knees;
Our loins are battered ’neath us by the swinging, smoking seas.
From reef and rock and skerry—over headland, ness, and voe—
The Coastwise Lights of England watch the ships of England go!
2
Through the endless summer evenings, on the lineless, level floors;
Through the yelling Channel tempest when the siren hoots and roars—
By day the dipping house-flag and by night the rocket’s trail—
As the sheep that graze behind us so we know them where they hail.
3
We bridge across the dark and bid the helmsman have a care,
The flash that wheeling inland wakes his sleeping wife to prayer;
From our vexed eyries, head to gale, we bind in burning chains
The lover from the sea-rim drawn—his love in English lanes.
4
We greet the clippers wing-and-wing that race the Southern wool;
We warn the crawling cargo-tanks of Bremen, Leith, and Hull;
To each and all our equal lamp at peril of the sea—
The white wall-sided war-ships or the whalers of Dundee!
5
Come up, come in from Eastward, from the guardports of the Morn!
Beat up, beat in from Southerly, O gipsies of the Horn!
Swift shuttles of an Empire’s loom that weave us, main to main,
The Coastwise Lights of England give you welcome back again!
6
Go, get you gone up-Channel with the sea-crust on your plates;
Go, get you into London with the burden of your freights!
Haste, for they talk of Empire there, and say, if any seek,
The Lights of England sent you and by silence shall ye speak!

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