Les guerres françaises (1911)
A School History of England
Titre alternatif (1919) The Boats of Newhaven.
Traduction de Louis Fabulet, Une histoire d’Angleterre pour la jeunesse, Delagrave, 1932.
Le poème clôt le chapitre XI de ce livre d’histoire à destination de la jeunesse : The American Rebellion and the Great French War, 1760-1815; Reign of George III
En 1911, Kipling écrit l’histoire à la lumière du présent et d’un futur qu’il prédit depuis longtemps : la guerre avec l’Allemagne. Il célèbre donc dans ce chapitre la fin des guerres sans fin entre L’Angleterre et la France ( pour ce dernier «épisode » de 1792 à 1815, des guerres révolutionnaires aux guerres napoléoniennes,). C’est peut-être pour cette raison que la tonalité du poème n’est pas héroïque ou triomphaliste. Sorte de prélude au grand poème de réconciliation France de 1913, French Wars est un titre trompeur. Kipling décrit le cimetière de navires anglais et français engloutis ensemble dans la vase de la Manche, totalement oubliés par les voyageurs modernes, Anglais et Français confondus, qui n’ont plus que les douaniers à affronter. Ce pourrait être un poème pacifiste, si Kipling ne savait pas le conflit avec l'Allemagne inéluctable, et n'avait pas d'abord en vue le rapprochement entre l'Angleterre et la France.
Il faut peut-être rappeler que l’Europe en général et l’Angleterre en particulier ne peut évoquer la France sans évoquer Napoléon, grand absent de la mémoire de son propre pays.
Le poème fait l’inventaire des types de navires, marchands et militaires coulés pendant plusieurs siècles de guerre dont la sonorité des noms deviennent ainsi éléments poétiques.
Escadres de Sluys : port des Flandres et bataille navale entre l’Angleterre et la France
Soixante-Quatorze : vaisseau de ligne armé de soixante-quatorze canons.
Cigare de contrebande : rappel sans doute ironique des longs blocus réciproques entre les deux pays et de la figure littéraire du contrebandier.
Les guerres françaises
Les bateaux de Newhaven, Folkestone et Douvres
Traversent vers Dieppe, Boulogne et Calais ;
Et sur chacune de ces traversées, il n’y a pas un yard carré
Où les Anglais et les Français ne se soient pas battus, et durement battus !
Si les navires qui ont été coulés pouvaient flotter de nouveau,
Ils s'étendraient comme un radeau d'une rive à l'autre,
Et nous verrions, en traversant, tous les modèles et tous les plans
De tous les navires construits depuis les débuts de la guerre en mer.
Il y aurait des birèmes et des brigantins, des cutters et des sloops,
Des cogues, des caraques et des galions aux dunettes richement dorées–
Des hoys, des caravelles, des ketchs, des corvettes et tous les autres,
Aussi nombreux que lors d’une régate, de Ramsgate à Brest.
Mais les galères de César, les escadres de Sluys,
Et les frégates d’élite de Nelson sont cachés à nos yeux,
Là où les grands Soixante-Quatorze canons de l’époque de Napoléon
Gisent aux côtés des lougres de Deal et des chasse-marées français.
Ils ne répondront aux signaux – ils reposent dans la vase,
Avec leurs canons rongés de trous et leurs équipages squelettes –
Et filant au-dessus d’eux, sous le soleil ou dans la tempête,
Les paquebots transmanche arrivent avec le Courrier.
Puis les pauvres passagers, pris de mal de mer, Anglais et Français,
Doivent ouvrir leurs malles sur le banc des Douanes,
Tandis que les douaniers fouillent à la recherche de cigares de contrebande
Et que personne ne songe à nos guerres sanguinaires !
The French Wars
1
The boats of Newhaven and Folkestone and Dover
To Dieppe and Boulogne and to Calais cross over;
And in each of those runs there is not a square yard
Where the English and French haven't fought and fought hard!
2
If the ships that were sunk could be floated once more,
They'd stretch like a raft from the shore to the shore,
And we'd see, as we crossed, every pattern and plan
Of ship that was built since sea-fighting began.
3
There'd be biremes and brigantines, cutters and sloops,
Cogs, carracks and galleons with gay gilded poops–
Hoys, caravels, ketches, corvettes and the rest,
As thick as regattas, from Ramsgate to Brest.
4
But the galleys of Caesar, the squadrons of Sluys,
And Nelson's crack frigates are hid from our eyes,
Where the high Seventy-fours of Napoleon's days
Lie down with Deal luggers and French chasse-marées.
5
They'll answer no signal–they rest on the ooze,
With their honey-combed guns and their skeleton crews–
And racing above them, through sunshine or gale,
The Cross-Channel packets come in with the Mail.
6
Then the poor sea-sick passengers, English and French,
Must open their trunks on the Custom-house bench,
While the officers rummage for smuggled cigars
And nobody thinks of our blood-thirsty wars!
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