Le métier de Frankie (1910)
Rewards and Fairies
Le poème clôt la nouvelle Simple Simon, introduite par le poème The Thousandth Man. L’ensemble évoque Francis Drake, corsaire, explorateur, homme politique et marin vainqueur de l’invincible Armada. Kipling lie l’évocation de Drake, déjà légendaire de son vivant, à une évocation de l’amitié sacrifiée à l’ambition.
Le poème prend la forme d’un chantey (ou shanty) à l’origine champ de travail des marins pour donner la cadence où marquer l’effort (cri conservé en anglais dans ma traduction), devenu plus généralement des « chansons de marins » évoquant différents aspects de la vie en mer, ici un marin célèbre. Kipling a utilisé plusieurs fois cette forme traditionnelle dans ses poèmes The first Chantey , The Last Chantey. Le nombre d'enregistrements à partir de la mise en musique de Peter Bellamy de Frankie's Trade montre que Kipling savait ce qu'il faisait en choisissant cette forme.
Traduction :
— de Suzanne. et J. Vallette, Retour de Puck, Paul Hartman Paris, 1931,
(voir plus bas)
— de Jean-Claude Amalric Adieux, les fées, La Pléiade, tome III, 1996,
« métier » ici au sens de l'art du marin, du savoir faire maritime de guerre.
La longueur du pied de l’Espagnol : La Flandre est alors possession espagnole, Drake apprend à se mesurer à leur puissance pour les battre plus tard, ce qui explique sans doute la métaphore un peu obscure du pied et de la botte.
Version chantée par Peter Bellamy (folk shanty soliste et chœur), J.Roberts & T. Barrand (folk shanty a capella), Jon Boden (expérimental), Leslie Fish (folk guitare), Brian of Holcombe (une leçon de shanty..)
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Le métier de Frankie
Le vieux Horn dit à Tout l'Atlantique :
(A-hay O ! To me O !)
Mais où Frankie a-t-il appris son métier ?
Car il m’a rattrapé avec une grand-voile à trois ris. »
(Tout autour du Horn !)
L’Atlantique répondit : —« Pas de moi !
Tu ferais mieux de demander à la froide Mer du Nord,
Car il m’a rattrapé toutes voiles dehors. »
(Tout autour du Horn !)
La Mer du Nord répondit : —« C’est le mien,
Car il vint à moi quand il commençait –
Frankie Drake dans un caboteur sans pont.
(Tout autour des Sands !)
« Je l’ai pris tout jeune et je l’ai mis à rude épreuve,
Ainsi vous ne ne pourrez plus jamais effrayer Frankie,
A moins de faire chavirer la Terre et ses eaux.
(Tout autour des Sands !)
« Je ne lui ai pas fait la moindre faveur.
Je l’ai fait tirer et je l’ai fait haler,
Et à faire son quart avec les matelots ordinaires.
(Tout autour des Sands !)
« Je l’ai raidi de froid et je l’ai aveuglé de brouillard,
Et je l’ai renvoyé chez lui à coups de pied, en le laissant trouver sa route
Avec ce qu’il pouvait voir dans une tempête de neige de trois jours.
(Tout autour des Sands !)
« Je lui ai appris son métier les nuits d’hiver,
Entre le fort de Mardyk et les feux de Dunkerque,
Avec une marée à cinq nœuds, tandis que les forts tiraient.
(Tout autour des Sands !)
« Avant même que sa barbe ne commence à pousser,
Je lui ai montré la longueur du pied de l’Espagnol –
Je suppose qu’il y a enfilé une botte par la suite.
(Tout autour des Sands !)
« S'il y a un risque que vous puissiez lui faire courir,
Qui soit pire que ceux qu'il avait l'habitude de prendre
Presque chaque semaine dans le cadre de ses affaires ;
(Tout autour des Sands !)
« S'il y a une ruse que vous puisses tenter,
À laquelle il n'a jamais été confronté par le passé,
Pas une ou deux fois, mais dix fois déjà.
(Tout autour des Sands !)
« Si vous pouvez lui apprendre quoi que ce soit de nouveau,
(A-hay O !To me O, !)
Je vous donnerai Bruges et Nieuwport aussi,
Et les dix grandes églises qui se dressent entre les deux ! »
Foncez, mes vaillants capitaines !
(Tout autour du Cap Horn !)
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Traduction de Suzanne et Jacques Vallette, Retour de Puck, Paul Hartman Paris, 1931. La traduction ne semblant pas dans le domaine public je ne donne que quelques vers à titre d’exemple et de comparaison.
Le métier de Frankie
Père Horn a dit à tout l'Atlantique: (Ohé, ho! Ho de l'Océan!) Où Frankie a-t-il appris son métier? Il m'a doublé avec trois ris à la grand voile. (A doubler le Horn!)
L'Atlantique a répondu Pas chez moi! Mais demande à la froide mer du Nord, car il m'a descendu toutes voiles dehors. (A doubler le Hom!)
La mer du Nord a dit : « Il est des miens, car c'est vers moi qu'il vint pour commencer Frankie, et son petit caboteur non ponté. (A doubler les Bancs!)
Je l'ai pris jeune et l'ai fait trimer: jamais vous ne ferez peur à Frankie, sinon en chavirant la Terre avec ses ondes. (A doubler les Bancs!)
Je ne l'ai pas dorloté ni gâté, je l'ai fait håler, je l'ai fait souquer tout comme un autre, il a pris son tour de corvée. (A doubler les Bancs!)
Mes froids l'ont raidi, aveuglé ma brume; pour qu'il se débrouille à trouver le port, je l'ai lâché trois jours sous la neige en rafale. (A doubler les Bancs!)
Je l'ai dressé pendant les nuits d'hiver, de Fort Mardyk au chenal de Dunkerque, par courant de cinq nœuds et sous le feu des forts. (A doubler les Bancs!)
Jeune blanc-bec, c'est moi qui lui montrai de l'Espagnol quelle était la pointure Plus tard, il a bien su lui passer la chaussure. (A doubler les Bancs!)
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Frankie’s Trade
1
Old Horn to All Atlantic said:
(A-hay O! To me O!)
Now where did Frankie learn his trade?
For he ran me down with a three-reef mains'le."
(All round the Horn!)
2
Atlantic answered:– "Not from me!
You'd better ask the cold North Sea,
For he ran me down under all plain canvas."
(All round the Horn!)
3
The North Sea answered:– "He's my man,
For he came to me when he began–
Frankie Drake in an open coaster.
(All round the Sands!)
4
"I caught him young and I used him sore,
So you never shall startle Frankie more,
Without capsizing Earth and her waters.
(All round the Sands!)
5
"I did not favour him at all.
I made him pull and I made him haul
And stand his trick with the common sailors.
(All round the Sands!)
6
"I froze him stiff and I fogged him blind,
And kicked him home with his road to find
By what he could see in a three-day snow-storm.
(All round the Sands!)
7
"I learned him his trade o' winter nights,
'Twixt Mardyk Fort and Dunkirk lights,
On a five-knot tide with the forts a-firing.
(All round the Sands!)
8
"Before his beard began to shoot,
I showed him the length of the Spaniard's foot–
I reckon he clapped the boot on it later.
(All round the Sands!)
9
"If there's a risk which you can make,
That's worse than he was used to take
Nigh every week in the way of his business;
(All round the Sands!)
10
"If there's a trick that you can try,
Which he hasn't met in time gone by,
Not once or twice, but ten times over.
(All round the Sands!)
11
"If you can teach him aught that's new,
(A-hay O! To me O!)
I'll give you Bruges and Niewport too,
And the ten tall churches that stand between 'em!"
Storm along my gallant Captains!
(All round the Horn!)
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