Les Feux (1907)
Collected Verse > Inclusive Verse
Le poème apparaît sur la page de titre d'une édition américaine.
Traduction : par Antoinette Soulas, Rudyard Kipling, Poèmes, Denoël et Steele 1935. (voir plus bas)
Les feux
Les hommes allument des feux dans l’âtre,
Chacun sous son propre toit,
Et les Quatre Vents qui règnent sur la terre
Soufflent la fumée vers moi.
Par-delà les hautes collines et de la mer,
Et de tous les cieux changeants,
Les Quatre vents soufflent la fumée vers moi,
Jusqu’à ce que les larmes me viennent aux yeux.
Jusqu’à ce que les larmes me viennent aux yeux
Et que mon cœur soit presque brisé
À penser à d’anciens souvenirs
Qui s’accumulent dans la fumée.
À chaque souffle de chaque vent
Les souvenirs nostalgiques reviennent,
De tous les coins de l’humanité
Où j’ai trouvé un foyer.
Quatre fois un feu contre le froid
Et un toit contre la pluie—
Quatre fois le chagrin et quatre fois la joie
Que les Quatre Vents ramènent encore!
Comment pourrais-je dire lequel est le meilleur
De tous ces feux qui brûlent ?
J’ai trop souvent été hôte ou invité
A chacun de ces feux, tour à tour.
Comment pourrais-je me détourner d’aucun feu,
Sur la pierre de l’âtre d’un homme ?
Je connais l’émerveillement et le désir
Qui ont contribué à bâtir le mien !
Comment puis-je douter de la joie ou du malheur de l’homme
Là où brillent les feux de son foyer,
Puisque tout ce que l’homme doit endurer
Viendra aussi visiter le mien ?
Ô vous, les Quatre Vents qui soufflez si fort,
Et qui savez que ceci est vrai,
Penchez-vous un instant et emportez ma chanson
À tous les hommes que j’ai connus !
Là où il y a des feux contre le froid,
Ou des toits contre la pluie,
Avec quatre fois l’amour et quatre fois la joie,
Portez-leur à nouveau mes chansons !
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Traduction en vers rimés d’Antoinette Soulas : Rudyard Kipling, Poèmes, Denoël et Steele 1935.
La traduction n’est pas dans le domaine public et n'est reproduite ici qu'avec l'aimable autorisation des ayants droit, elle reste par ailleurs soumise au copyright.
Alternance d’alexandrins et de pentasyllabes. Ce beau poème qui n'est pas je pense des plus connus ouvre le recueil.
Les Feux
Les Hommes font leurs feux sur la pierre de l’âtre
Chacun sous son toit
Et les vents qui gouvernent la Terre, les Quatre,
Soufflent jusqu’à moi.
Sur les mers et sur les collines élevées
Le remous des cieux,
Les quatre Vents soufflent ensemble la fumée
Jusque dans mes yeux.
Ils soufflent la fumée pour que les larmes viennent
Et que mon cœur soit
Broya par le regret des choses anciennes
Qu’elle porte en soi.
Chaque détour de chaque vent qui passe traîne
Une nostalgie
Venue de chaque quart de cette race humaine
Où j'ai fait ma Vie.
Quadruple fois du feu contre quadruple froid,
Un toit pour la pluie,
De la joie et de la tristesse quatre fois,
Le Vent les rallie.
Comment puis-je choisir et préférer entre eux
Du Tien, ou du Vôtre?
J'ai été l'hôte et le convive de ces feux
Tous, l'un après l'autre.
Comment puis-je me détourner et renier
Sa pierre, ou la tienne?
Je sais quels grands espoirs, quels vœux émerveillés
Ont bâti la mienne.
Comment puis-je douter de l'heur ou du malheur
De ceux de ma sorte?
Je sais que tour à tour le pire et le meilleur
A franchi ma porte.
O Quatre qui soufflez si fort, vous, quatre Vents,
Si je suis sincère
Vous le savez. Arrêtez-vous. Portez mes chants
Aux Hommes mes Frères.
Partout où il y a des foyers et des toits
Sur la Terre ronde,
Quadruple Amour et Joie quadruple quatre fois,
Chantez, Vents du Monde...
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The Fires
1
Men make them fires on the hearth
Each under his roof-tree,
And the Four Winds that rule the earth
They blow the smoke to me.
2
Across the high hills and the sea
And all the changeful skies,
The Four Winds blow the smoke to me
Till the tears are in my eyes.
3
Until the tears are in my eyes
And my heart is wellnigh broke
For thinking on old memories
That gather in the smoke.
4
With every shift of every wind
The homesick memories come,
From every quarter of mankind
Where I have made me a home.
5
Four times afire against the cold
And a roof against the rain—
Sorrow fourfold and joy fourfold
The Four Winds bring again!
6
How can I answer which is best
Of all the fires that burn?
I have been too often host or guest
At every fire in turn.
7
How can I turn from any fire,
On any man’s hearthstone?
I know the wonder and desire
That went to build my own!
8
How can I doubt man’s joy or woe
Where’er his house-fires shine,
Since all that man must undergo
Will visit me at mine?
9
Oh, you Four Winds that blow so strong
And know that this is true,
Stoop for a little and carry my song
To all the men I knew!
10
Where there are fires against the cold,
Or roofs against the rain
With love fourfold and joy fourfold,
Take them my songs again!
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