Liste des traducteurs
source Wikipedia
Henry Durand-Davray (1873-1944)
H-G Wells, qu'il traduisait, a dit de lui que le tunnel sous la Manche existait et que c'était Henry Davray.
Traducteur et critique littéraire, spécialiste de la littérature anglaise au Mercure de France. Il fonde toujours au Mercure de France la collection des auteurs étrangers
Il traduit H.G Wells, Oscar Wilde, Conrad et Kipling, principalement Plain Tales from the Hills
Proche de Wells et de Wilde et introduit auprès d'autres écrivains anglais (Conrad), il est l'un des fondateurs de la Anglo-French Society. Prix Langlois de la traduction 1913. Angliciste, il parait l'un des traducteurs les plus solides de cette génération.
Il publie en plus de ses traductions :
— Chez les Anglais pendant la grande guerre. Paris : Plon-Nourrit et Cie, 1916
— L'Œuvre et le prestige de Lord Kitchener ; lettre-préface de S.E.M. Paul Cambon. Paris : Plon-Nourrit et Cie, 1917
— Rudyard Kipling et son temps,Mercure de France, 1929,
Concernant Kipling, en collaboration avec Madeleine Vernon, il ne traduit que les poèmes qui accompagnent les nouvelles :
(Les liens renvoient à la page dédiée au poème et non à cette traduction dont je ne dispose pas)
— 1929 : Simples contes de la montagne, Madeleine Vernon et Henry Davray, Mercure de France, réédité en 1930, 1934, 1946, 1947: 15 contes sur 40.
Titre traduit → titre original=> poème associé
Sous le même joug que l'infidèle → Yoked with an Unbeliever
Un purifiant → A Germ Destroyer
La prise de Lungtungpen → The Taking of Lungtungpen
Le saïs de Miss Youghal → Miss Youghal's Sais
Dans la maison de Suddhoo → In the House of Suddhoo
Fausse aurore → False Dawn
Les traits de Cupidon → Cupid's Arrows
Les trois mousquetaires → The Three Musketeers
Le handicap par ricochet → The Broken-Link Handicap
Escamoté → Thrown Away=> And some are sulky
Son épouse légitime → His Wedded Wife=> Cry Murder
La conversion d'Aurelian McGoggin → The Conversion of Aurelian McGoggin
Conséquences → Consequences
La fille du régiment → The Daughter of the Regiment
Venus Annodomini → Venus Annodomini
:Un coup de fortune et autres histoires, Madeleine Vernon et Henry Davray, Larousse 1929. : Sélection de textes de Plain Tales from the Hills (PTH) et d'autres recueils : version incomplète précédée d'une étude bibliographique faisant l'état de la traduction des œuvres de Kipling, déjà confuse à l'époque.
Titre traduit => titre original => poème associé
A cause d'une ressemblance => On the Strength of a Likeness (PTH)
Erastase, matou du Whanghoa => ?
Officiers et spectres =>Haunted Subalterns (Life's Handicap)
Wresley, des affairs étrangères => Wressley of the Foreign Office (PTH)
Les heures de la nuit => Watches of the Night (PTH)
La crise de folie du soldat Ortheris=> The Madness of Private Ortheris (PTH)
La lanterne rouge => ?
Sa petite responsabilité=> ?
Un cigare de Manille => ?
De vive voix => By Word of Mouth (PTH)
Les amis de nos amis => A Friend's Friend (PTH)=> Hadramauti
Le calice et la vie => ?
L'ombre de sa main => ?
La déroute des hussards blancs=> The Rout of the White Hussars (PTH)
Pourceau=> Pig (PTH)=> Go, stalk the red deer...
Un décès dans le camp => ?
Lettres de vacances => ?
Manque : To be filed for reference => By the Hoof of the Wild Goat
Le Mercure de France publiant des traductions, la question de l'adaptation, ses qualités et ses défauts est débattu. Dans son livre, Sociologie de la traduction, 1999, J.M Gouanvic rapporte un débat concernant O.Wilde mais qui éclaire sans doute également la traduction de Kipling même si H.Davray a peu traduit de ses poèmes. Attaqué par un autre traducteur M.J. Joseph-Renaud sur sa traduction de la Ballad of Reading Gaol, H. Davray répond :
"Wilde que je connaissais de longue date eut l’idée d’une version française de la Ballade. On examina la question et j’insistai sur la difficulté que présente dans toutes les langues la traduction d’un poème. Rien ne fut décidé ce jour-là. Une semaine après, Wilde, tenant à son idée, m’écrivit pour me demander de me charger de ce travail que je pouvais, selon lui, « réussir mieux que personne ». J’hésitai encore, mais après plusieurs autres rencontres, je finis par accepter. Pendant une dizaine de jours, soit qu’il vînt chez moi soit que je me rendisse chez lui, nous travaillâmes à cette version. Fort de sa brillante connaissance du français, l’auteur discutait chaque mot, chaque phrase, et j’avoue que ce fut, par instants, très embarrassant ; car Wilde s’obstinait sur des mots inexacts ou des tournures peu orthodoxes. Quand le texte fut définitivement établi, que la version eut été lue à plusieurs amis français et anglais qui voulurent bien l’approuver et en faire l’éloge, je proposai de la publier en donnant en regard le texte anglais, et c’est ce qui fut fait. De cette façon, pensais-je, les lecteurs connaissant plus ou moins bien l’anglais pouvaient en s’aidant de ma transcription goûter mieux le poème. En tous cas, si cette transcription en prose ne donne pas la musique des vers anglais – et elle n’en a pas la ridicule prétention – elle en conserve tout le lyrisme et l’émotion, n’en déplaise à mon pétulant contradicteur."
Cet extrait est intéressant par le témoignage du travail de réécriture d'un auteur sur son œuvre traduite, ou sa tentation, mais rien n'indique que ce travail en commun avec Wilde mais aussi avec Wells fut également fait avec Kipling. Je retiendrai plutôt que Davray, avec l'assentiment de Wilde, traduit en prose les vers de la Ballade, sans la "ridicule prétention" de donner la musique des vers anglais, mais cherche à transcrire le lyrisme et l'émotion.
H. Davray est un témoin et un acteur de la réception de l'œuvre de kipling en France dont il dresse le bilan lors d'une conférence à la Kipling Society, reproduite dans le n°33 du Kipling Journal de mars 1935 : Comment Kipling a conquis la France.
Dans cette "causerie" qui utilise avec humour le vocabulaire de la conquête, Davray évoque une première " escarmouche" :
1984, Pierre Mille découvre à Londres le recueil: Many Inventions, dont il traduit deux nouvelles pour Le Temps et La Revue de Paris qui ne rencontre aucun écho. Davray raconte sa propre découverte, peu enthousiaste de Kipling, d'abord My one People puis les Barrack-Room Ballads qu'l trouve" très difficile à lire. Parfois, je tombais sur ce qui semblait être un cryptogramme rempli d’expressions étranges, de comparaisons et de renvois croisés dont je ne pouvais absolument rien tirer. Je demandais à mes amis de m’expliquer et, souvent, je les embrouillais davantage. Et puis j’eus un coup de chance. Je fis la connaissance d’un jeune officier rentré d’Inde en congé qui « m’éclaira » sur une multitude de points.
Malgré tout, je ne pouvais que penser que les Ballads étaient manifestement destinées à la consommation intérieure. Elles s’exportent remarquablement mal. Je ne crois pas qu’elles aient eu beaucoup de lecteurs en France, ni dans aucun autre pays non anglophone.
L’essentiel était qu’elles apportaient une note nouvelle, une note d’originalité, une note inattendue, une sorte de poésie à laquelle le public britannique n’était certainement pas préparé et que lui seul était en mesure d’apprécier."(ibid.p.17)
Selon Davray, l'étape suivante et décisive de la conquête est faite par Robert d'Humières dont il fait le portrait. d'Humières découvre à Londres Les Jungle Books dont Louis Fabulet lui propose de faire la traduction mais ils ont du mal à trouver un éditeur. "[Les éditeurs] craignaient que les conversations des animaux, le caractère de Mowgli, le décor de la Jungle puissent paraître trop fantastiques, trop improbables pour plaire à un public qui absorbait encore avidement les romans réalistes dans la manière de Zola ou de Daudet.
D’autre part, les traductions avaient cessé d’être à la mode. La fiction des autres pays paraissait pâle et insipide comparée aux mets particulièrement épicés de notre propre école naturaliste. Dans la seule collection de romans traduits qui avait résisté à l’épreuve du temps, les seuls spécimens disponibles du génie étranger étaient de ces productions douces et inoffensives qu’on aurait pu offrir sans la moindre hésitation comme prix dans une école de jeunes filles, et ces précieux volumes étaient disponibles pour la somme magnifique de UN franc chacun ! Il n’y avait là aucune place pour les déroutantes fantaisies de Kipling."(ibid.p.20)
Davray qui rencontre les mêmes réticences pous ses propres traductions de H.G.Wells se tourne alors vers la revue Le Mercure de France et son directeur Alfred Vallette qui refuse dans un premier temps mais finit par accepter un partenariat avec Davray pour éditer des auteurs étrangers. La collection d'Auteurs étrangers du Mercure de France publie en février 1899 ses trois premiers volumes de Kipling, Wells et Walter Pater. Les débuts sont difficiles : "Et puis, tout à coup, les critiques commencèrent à parler du Livre de la Jungle et de son auteur. Ils le comparèrent à La Fontaine, faisant remarquer que, dans les Fables, les animaux pensent et s’expriment comme des êtres humains, tandis que les animaux de Kipling parlent le langage des animaux, chacun donnant expression à des sentiments merveilleusement adaptés à sa propre espèce et à ses instincts.
Bien sûr, il y eut des opinions défavorables, mais c’était tout à l’avantage du livre, car rien ne stimule autant la vente d’un ouvrage qu’une controverse à son sujet.
Tout bien considéré, le talent de l’auteur et l’originalité de son œuvre reçurent les éloges qu’ils méritaient, et le Livre de la Jungle commença à « marcher ». Les commandes affluèrent des libraires de toute la France. La première édition fut rapidement épuisée, puis la suivante, puis la suivante encore, et ainsi de suite."(ibid.p.23). Kipling commence sa conquête de la France. Davray ajoute : " En Angleterre et pour les Anglais, l’ensemble de l’œuvre de Kipling constitue une sorte d'hymne à la grandeur de la nation ; elle est l’expression fière du sentiment britannique, de la légitime fierté d’une race qui a joué un rôle considérable dans la civilisation du monde.
Naturellement, cet aspect de son œuvre n’a rien qui puisse particulièrement séduire les Français, mais dès lors qu’il leur fut donné de faire connaissance avec les Livres de la Jungle, dont l’art incomparable éclipse de très loin le côté simplement national et patriotique, ils les saluèrent aussitôt comme un classique".
Dans la discussion qui suit la conférence Davray est interrogé sur la traduction des Barrack Room Ballads par Louis Fabulet. Il s'agit sans doute d'une erreur, la seule traduction étant à ma connaissance de A.Savine et M. George-Michel. Davray répond néanmoins que la traduction d'une poésie de ce type est presque impossible mais qu'elle était bien faite.
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