Danny Deever (1890)
Scots Observer >Departmental Ditties > Barrack-Room Ballads and Other Verses
Un des poèmes les plus célèbres de Kipling. Comme pour tous les poèmes de ce recueil qui font parler les soldats, Kipling utilise le langage familier en utilisant l’argot des casernes et en mimant l’oral ( voir Barrack-Rooms Ballads). C'est le premier poème de kipling paru sous cette forme et il fut considéré comme un chef d'œuvre d'un nouveau genre. Kipling construit une dramaturgie en s'appuyant sur une forme de ballade traditionnelle question/réponse rythmée par le protocole de la pendaison d’un soldat pour meurtre, en Inde. La description est indirecte, par l'intermédiaire des voix des soldats témoins et celle d'un narrateur extérieur dans les quatre derniers vers de chaque strophe sont d’une troisième voix. L'ensemble a été considéré comme une étrange alliance de terreur et de beauté, caractéistique de Kipling. (voir le contexte du poème donné par la Kipling Society pour les sources de cette présentation)
Ce poème fait partie de la sélection : A Choice of Kipling's Verse de T.S. Eliot
Il existe de nombreuses versions chantées : traditionnelle par Peter Bellamy, Orchestre et Baryton lent par Leonard Warren, Piano et baryton Michael Halliwell, classique et plus vif par Peter Downson, plus folk : Leslie Fish, Folk 2025 : Tara Turner et beaucoup d'autres...
Traductions : — Chansons de la Chambrée, traduction de A. Savine et M. George-Michel, l’Edition Française Illustrée, 1920 (voir plus bas)
— Kipling, Poèmes choisis par T.S.Eliot, traduction en vers de J.Castier, Robert Laffont, 1949 (voir plus bas)
— Poèmes, illustrations de Hugo Pratt, traduction de Dominique Petitfaux, Le Tripode, 2024 (voir plus bas)
Version chantée par Benedict Edwards ( rock-folk ballad)
Soldat-sur-les rangs : traduction de "Files-on-Parade" qui renvoie à une disposition particulière d'un régiment aligné sur deux rangs. un "files"est constitué des deux soldats l'un derrière l'autre, même si un seul soldat parle.
Sergent-chef : traduction de "Colour Sergeant" : plus haut grade des sous-officiers, chargé en l'occurence de veiller à la bonne exécution de la parade.
Régiment en carré : disposition des troupes.
Les neuf-cents de son comté : les régiments anglais étaient souvent composés de soldats d'une même région. Ce lien régional pouvait être plus fort que le lien national pour le "Royaume-uni".
Danny Deever
"Pourquoi les clairons sonnent-ils » dit Soldat-sur-les-rangs.
"Pour te faire sortir, te faire sortir " dit Sergent-chef.
" Qu’est-ce qui vous rend pâle, si pâle ?" dit Soldat-sur-les-rangs.
" J’ai peur de ce que je vais devoir regarder," dit Sergent-chef.
Car ils pendent Danny Deever, tu entends jouer la Marche des Morts,
Le régiment est en carré - ils vont le pendre aujourd'hui ;
Ils lui ont enlevé ses boutons et coupé ses galons,
Et ils pendent Danny Deever ce matin.
" Qu’est-ce qui fait respirer si fort le rang derrière?" dit Soldat-sur-les-rangs.
" C’est le froid glacial, le froid glacial» dit Sergent-chef.
"Pourquoi ce gars du premier rang s’effondre?" dit Soldat-sur-les-rangs.
"Un p’tit coup de soleil, un p’tit coup de soleil," dit Sergent-chef.
Ils pendent Danny Deever, ils le font défiler devant tout le monde
Ils font arrêter Danny Deever près de son cercueil par terre ;
Et il va pendre dans une demi-minute, comme un chien de chasse vicieux,
Oh, ils pendent Danny Deever ce matin !
" Sa couchette était juste à côté de la mienne," dit Soldat-sur-les-rangs.
"Il va dormir dehors et loin ce soir," dit Sergent-chef
"J'ai bu sa bière un paquet de fois," dit Soldat-sur-les-rangs.
" Il va boire sa bière amère tout seul," dit Sergent-chef.
Ils pendent Danny Deever, tu dois le regarder sous la potence,
Car il a tué un camarade endormi - tu dois le regarder bien en face
Pour la honte des neuf-cents de son comté et de son régiment,
Pendant qu'ils pendent Danny Deever ce matin.
"Qu'est-ce que c'est, si noir devant le soleil ?" dit Soldat-sur-les-rangs.
"C'est Danny qui se bat durement pour sa vie," dit Sergent-Chef.
"Qu'est-ce que c'est qui gémit là haut ?" dit Soldat-sur-les-rangs.
"C'est l'âme de Danny qui trépasse," dit Sergent-chef.
Car ils en ont fini avec Danny Deever, tu entends marquer la cadence,
Le régiment est en colonne, et il part en défilant;
Ho ! les jeunes recrues tremblent, elles auront besoin de leur bière aujourd’hui,
Après avoir pendu Danny Deever ce matin.
§§§§§§§§§§§§§§§§§§
Chansons de la Chambrée, traduction de A. Savine et M. George-Michel, l’Edition Française Illustrée, 1920.
Les droits de M.George Michel n'étant pas dans le domaine public, je reproduis le poème avec l'aimable autorisation de ses ayants droit, qu'ils en soient remerciés. Le poème reste sous leur copyright.
Danny Dever
Pourquoi les clairons sonnent-ils? demandait En-rang-pour-la-Revue.
Pour vous mettre dehors, dit le Sergent porte-drapeau.
-—Qu’est-ce qui vous rend si pâle, si pâle? dit En-rang-pour-la-Revue.
-—Je crains bien d'être désigné pour être de garde ! dit le Sergent porte-drapeau.
Car on va pendre Danny Deever. Vous pouvez entendre la marche funèbre.
Le régiment forme le carré; on le pend aujour d'hui.
On lui a arraché ses boutons, découpé ses galons.
C'est ce matin qu'on pend Danny Deever.
* * *
—Pourquoi le rang de derrière respire-t-il avec tant de peine ? dit En-rang-pour-la-Revue.
—C’est qu'il fait un froid glacial, un froid glacial, dit le Sergent porte-drapeau
—Pourquoi cet homme de front est-il tombé? demande En-rang-pour-la-Revue.
—C’est un coup de soleil, un coup de soleil, dit le Sergent porte-drapeau.
On va pendre Danny Deever. On lui fait faire le tour du carré.
On a fait arrêter Danny Deever près de son cercueil posé à terre.
Et dans une demi-minute il se balancera comme un chien sournois qu'il est.
Oh! on va pendre Danny Deever ce matin !
—Sa couchette était la toute première à ma droite, dit En-rang-pour-la-Revue.
—Ce soir il couchera dehors, bien loin, dit le Sergent porte-drapeau.
—J'ai bu la bière qu'il me payait, plus de vingt fois, dit En-rang-pour-la-Revue.
—Il est en train de boire une bière bien amère, dit le Sergent porte-drapeau.
On va pendre Danny Deever. Il faut que vous le conduisiez à sa place.
Car il a tué d'un coup de feu un camarade endormi. Il faut que vous le regardiez en face,
Ce matin, les neuf cents de son comté, lui qui a déshonoré le régiment, pendant qu'on pendra Danny Deever.
***
—Qu'est-ce qui se dessine en noir sur le soleil ? dit En-rang-pour-la-Revue.
— C'est Danny qui se raccroche comme il peut à la vie, dit le Sergent porte-drapeau.
—Qui est-ce qui pleurniche là-haut? dit En-rang-pour-la-Revue.
—C'est l'âme de Danny qui s'en va en ce moment dit le Sergent porte-drapeau.
Car on a réglé son compte à Danny Deever. Vous pouvez entendre la sonnerie du pas accéléré.
Le régiment se forme en colonne on nous emmène.
Oh! comme les jeunes recrues tremblent! Ils auront besoin de boire leur bière aujourd'hui,
Après avoir pendu Danny Deever dans la matinée.
§§§§§§§§§§§§§§§§§§
Traduction en vers de J.Castier : Kipling, Poèmes choisis par T.S.Eliot, , Robert Laffont, 1949
DANNY DEEVER
" Pourquoi qu'les clairons sonn'nt lent'ment ? " dit l'Troupier.
" Pour t'app'ler au rassemblement ", dit l'Fourrier.
" Pourquoi qu't'as l'air si blanc, si blanc ? " dit l'Troupier.
" J'ai peur de c'que j'vais voir, vraiment ", dit l'Fourrier.
Car on va pendr' Danny Deever : la March' Funèbr' se jou' ;
Le régiment s'forme en carré, — c'est l'jour qu'il est à bout :
On lui a coupé ses boutons, et ses galons itou,
Danny Deever doit êtr' pendu de bon matin.
" Pourquoi que l'dernier rang halèt'? " dit l'Troupier.
" C'est l'froid mordant, c'est l'froid mordant ", dit l'Fourrier.
" Pourquoi qu'i' tomb', ce premier rang? " dit l'Troupier.
" C'st un coup d'soleil, c'st un coup d'soleil ", dit l'Fourrier.
Car on va pendr' Danny Deever ; il fait l'tour du carré,
I's ont fait halt' devant l'cercueil qu'est là, tout préparé ;
I's' balanc'ra dans un instant, salaud d'cafard madré, —
Danny Deever doit êtr' pendu de bon matin.
" Son lit était à droit' du mien ", dit l'Troupier.
" I' dormira bien loin ce soir ", dit l'Fourrier.
" I'm'a payé d'la bièr' maint's fois ", dit l'Troupier.
" I' boit d'la bière amèr, tout seul ", dit l'Fourrier.
V'là qu'on va pendr' Danny Deever, — 'faut l'am'ner sur les rangs ;
A tué l'copain en plein sommeil, —' faut l'regarder crân'ment, —
Pour les neuf cents du mêm' comté, la hont' du régiment;
Danny Deever doit êtr' pendu de bon matin.
" Qu'est-c' qu'est si noir devant l'soleil ? " dit l'Troupier.
" C'est Danny, s'battant contr' la mort ", dit l'Fourrier.
" Qu'est-c' qui gémit comm' ça, là-haut? " dit l'Troupier.
" C'est l'âm' de Danny, là, qui pass' ", dit l'Fourrier.
C'en est fini d'Danny Deever, — la musiq' s'accélère,
Et l'régiment s'forme en colonne, au pas, l'allure altière;
Les bleus sont encor tout tremblants, — i's auront soif de bière,—
Danny Deever vient d'êtr' pendu de bon matin!
§§§§§§§§§§§§§§§§§§
Traduction de Dominique Petitfaux Poèmes, illustrations de Hugo Pratt,, Le Tripode, 2024. Publié avec l'aimable autorisation des éditions de Tripode, que je remercie.
DANNY DEEVER
"Pourquoi sonnent les clairons?" a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
"Pour te faire arriver, pour te faire arriver", a dit le sergent-chef.
Qu'est-ce qui vous rend si pâle? a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
J'ai peur de ce qu'il faut que je regarde, a dit le sergent-chef.
Car on pend Danny Deever, on entend jouer la marche funèbre,
Le régiment est en carré - c'est aujourd'hui qu'on le pend;
On lui a enlevé ses boutons et on lui a coupé ses galons,
Et on pend Danny Deever ce matin.
Comment ça se fait que le dernier rang halète ? a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
C'est ce froid glacial, c'est ce froid glacial, a dit le sergent-chef.
Pourquoi cet homme au premier rang tombe ? a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
Un petit coup de soleil, un petit coup de soleil, a dit le sergent-chef.
On pend Danny Deever, on le fait défiler devant tout le monde,
On fait s'arrêter Danny Deever près de son cercueil qui est par terre;
Et dans un instant il se balancera comme un vilain chien sournois —
Oh on pend Danny Deever ce matin!
Son lit était juste à droite du mien, a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
Il va dormir très loin d'ici ce soir», a dit le sergent-chef.
Il m'a payé de la bière plein de fois», a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
Il va boire de la bière amère tout seul, a dit le sergent-chef.
On pend Danny Deever - il faut lui indiquer l'endroit,
Car il a tué un camarade endormi - il faut le regarder bien en face;
À cause de cette honte pour les neuf cents de son comté et pour son régiment,
On pend Danny Deever ce matin.
*Qu'est-ce que c'est que ça, si noir devant le soleil?», a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport.
C'est Danny qui se bat durement pour sa vie», a dit le sergent-chef.
Qu'est-ce que c'est qui gémit dans le ciel?», a dit le Deuxième-Classe-au-Rapport. C'est l'âme de Danny qui est en train de passer, a dit le sergent-chef.
Car ils en ont fini avec Danny Deever, on entend jouer le pas redoublé,
Le régiment est en colonne, et ils nous font repartir en défilant ;
Oh! Les jeunes recrues tremblent, et il leur faudra leur bière aujourd'hui,
Après avoir pendu Danny Deever ce matin.
©Le Tripode 2024
§§§§§§§§§§§§§§§§§§
Danny Deever
"What are the bugles blowin' for?" said Files-on-Parade.
"To turn you out, to turn you out," the Colour-Sergeant said.
"What makes you look so white, so white?" said Files-on-Parade.
"I'm dreadin' what I've got to watch," the Colour-Sergeant said.
For they're hangin' Danny Deever, you can hear the Dead March play,
The regiment's in 'ollow square - they're hangin' him to-day;
They've taken of his buttons off an' cut his stripes away,
An' they're hangin' Danny Deever in the mornin'.
"What makes the rear-rank breathe so 'ard?" said Files-on-Parade.
"It's bitter cold, it's bitter cold," the Colour-Sergeant said.
"What makes that front-rank man fall down?" said Files-on-Parade.
"A touch o' sun, a touch o' sun," the Colour-Sergeant said.
They are hangin' Danny Deever, they are marchin' of 'im round,
They 'ave 'alted Danny Deever by 'is coffin on the ground;
An' e'll swing in 'arf a minute for a sneakin' shootin' hound
O they're hangin' Danny Deever in the mornin'!
"'Is cot was right-'and cot to mine," said Files-on-Parade.
"'E's sleepin' out an' far to-night," the Colour-Sergeant said.
"I've drunk 'is beer a score o' times," said Files-on-Parade.
"'E's drinkin' bitter beer alone," the Colour-Sergeant said.
They are hangin' Danny Deever, you must mark 'im to 'is place,
For 'e shot a comrade sleepin' - you must look 'im in the face;
Nine 'undred of 'is county an' the Regiment's disgrace,
While they're hangin' Danny Deever in the mornin'.
"What's that so black agin the sun?" said Files-on-Parade.
"It's Danny fightin' 'ard for life," the Colour-Sergeant said.
"What's that that whimpers over'ead?" said Files-on-Parade.
"It's Danny's soul that's passin' now," the Colour-Sergeant said.
For they're done with Danny Deever, you can 'ear the quickstep play,
The regiment's in column, an' they're marchin' us away;
Ho! the young recruits are shakin', an' they'll want their beer to-day,
After hangin' Danny Deever in the mornin'.
Laisser un commentaire