Traducteurs et traductions : Robert d’Humières

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Robert d'Humières (1868-1915)
(article en cours de mise en forme)
Militaire, hommes de lettres, poète, chroniqueur, romancier, traducteur, auteur dramatique et directeur de théâtre.

Auteur de :
— L'île et l'empire de Grande-Bretagne : Angleterre, Egypte, Inde. Soc. du Mercure de France , 1904
— Lettres volées : roman d'aujourd'hui, Jouve , 1911
— Le Livre de la beauté. Précédé d'une étude sur l'auteur Tours : impr. E. Arrault et Cie , 1921 (posthume)
—Théâtre 1, : pièces modernes : Coeur!, Les ailes closes, Comme des dieux Mercure de France , 1923
— Théâtre 2, : pièces orientales : L'étendard cramoisi, L'amour de Késa, La nuit du Taj : scénarios et livrets Mercure de France , 1924
—Du désir aux destinées Société du "Mercure de France , 1902
—L'Islam monumental dans l'Inde du Nord Gazette des beaux-arts , 1901
—Les Parfums et la Cendre impr. Floch , 1925,
On peut lire quelques uns de ses poèmes ici (p.487)
Traducteur "historique" de Kipling avec Louis Fabulet, leurs traductions sont encore publiées aujourd'hui, même s'il en existe de nouvelles.

Il a traduit Joseph Conrad The nigger of the "Narcissus"(1910), R.L. Stevenson Treasure Island, et J.M Barrie Margaret Ogilvy par son fils ( 1907)


De Kipling, en collaboration avec Louis Fabulet qui préfère travailler avec quelqu'un de plus assuré que lui en anglais, il a traduit :
Le premier (1894) et le second (1895) Livre de la Jungle,
L'Homme qui voulut être Roi (1888)
Puck, lutin de la colline et autres récits (1989)
La plus belle histoire du monde (1900)
Histoires comme ça (1902),
Les Bâtisseurs de pont (1902)
Nouveaux contes choisis (1918)
et  les poèmes qui y figurent. ( liste  des poèmes traduits sur la page dédiée à Louis Fabulet).

Il a traduit seul La lumière qui faillit, George Crès, 1922
Des poèmes sont mis en exergue à chaque chapitre :
  — Blue Roses
— Heriot's Ford
— I Have a Thousand Men
— If I have taken the common clay


Il reçoit le Prix Langlois  en 1901 et 1915 pour ses traductions.

Robert d'Humières est le fils d'un comte français et d'une américaine.
Je n'ai pas trouvé de trace sur le détail de la collaboration avec Louis Fabulet, mais d'Humières a produit une riche œuvre personnelle et sa vie de personnage de roman vont dans le sens d'un apport qui ne doit pas être négligeable.
Entré à Saint-Cyr en 1887 et revenu à la vie civile en 1892, il s'engage comme lieutenant pour la durée de la guerre et meurt dans des circonstances étranges.
Personnage de roman, il l'est dans le premier sens du terme puisque, ami de M.Proust, il serait un des aspirateurs du personnage de Saint-Loup. Il est aussi un ami d'Oscar Wilde, qui aurait conseillé à L. Fabulet de s'intéresser à Kipling et se trouverait donc à l'origine de cette grande aventure éditoriale qui a ancré Kipling dans la culture française.
Il est directeur du Théâtre des Arts, dramaturge, poète, journaliste, romancier. (cf wikipedia), Il voyage en Asie et en Inde en particulier, ou il séjourne deux ans ce qui n'est pas indifférent pour le co-traducteur du Livre de la Jungle, le seul sans doute à avoir une connaissance réelle de ce qu'évoque Kipling.
Sa mort en héros au front connait deux versions, l'officielle : l'officier qui meurt à la tête de ses troupes et qui reçoit la Légion d'honneur à titre posthume et une autre plus clandestine et qui semble relever du roman : Homosexuel, Robert d'Humières officier de liaison auprès de l'armée britannique chargé d'accueillir les troupes indiennes aurait été surpris avec un jeune soldat, indien selon les versions, son ordonnance selon d'autres et aurait choisi de mourir en héros pour éviter le conseil de guerre, ou aurait été envoyé en première ligne pour "régler" l'affaire ( cf l'édition de son roman Lettres volées, recension par L.A. Sagne). Cependant cette version paraît renvoyer à une source unique et semble douteuse. Je ne la signale que parce qu'elle participe au romanesque du personnage.
L.Fabulet et R. d'Humières forment un étrange duo de traducteurs, différents et complémentaires sans doute, assez puissant pour faire de leur traduction la référence pendant près d'un siècle.
Je m'étonne de trouver peu de choses sur leur collaboration et continue mes recherches.

En 1904, Kipling donne sous forme de lettre une préface la traduction du livre de d'Humières : L'île et l'empire de Grande-Bretagne : Angleterre, Egypte, Inde. Dans ce livre de voyage, d'Humières relate une visite à Kipling au cours de laquelle sont abordés certains points repris ici par Kipling

Lettre préface de Kipling :
UNE LETTRE EN GUISE DE PRÉFACE
À L’ÉDITION ANGLAISE
Mon cher vicomte d’Humières,
Je vous remercie très vivement pour votre livre sur l’Île et l’Empire, que je lis avec le plus grand plaisir.
Il est peu de choses plus intéressantes que de voir son propre pays depuis l’extérieur, et des yeux aussi pénétrants (et aussi indulgents) que les vôtres font de cet intérêt un plaisir très vif.
Du point de vue d’un habitant, je suis particulièrement heureux de vos hommages à l’énergie de la race, chose dont certains d’entre nous commencent aujourd’hui, par moments, à douter.
Il existe — et je suis heureux que vous ne l’ayez pas vue — une Angleterre qui, ruinée par l’excès de confort, s’est endormie et qui, parce qu’elle ronfle bruyamment, croit qu’elle pense. Vos remarques sur l’Armée me semblent fort justes.
Surtout, vous avez mis le doigt sur un point essentiel de notre formation lorsque vous parlez des hommes qui « comprennent qu’ils ne doivent pas comprendre ». Je pense que cela est à la base de beaucoup de nos succès et de nos échecs. C’est la première chose que nous enseignons à nos garçons.
Vos études sur l’Inde m’ont été tout à fait délicieuses, en particulier celles du Rajputana, où je me suis autrefois aventuré, lorsque j’étais jeune, à travers Chitor, Jeypore et le reste. Du Sud, qui vous a tant intéressé, je ne connais que peu de choses, bien qu’une grande part du romantisme de l’Inde morte s’y trouve.
J’aurais aimé que vous eussiez vu quelque chose de l’Inde nouvelle. L’Inde de l’usine et du chemin de fer, l’Oriental se mouvant imperturbablement au milieu des machines modernes et adorant ses dieux dans l’ombre des hangars aux locomotives et des salles des chaudières. Ce n’est pas beau, mais c’est significatif.
Croyez-moi, je suis très cordialement d’accord avec tout ce que vous dites sur la valeur d’une bonne entente entre nos deux pays ; et cela non seulement en raison des nécessités d’aujourd’hui, mais aussi dans l’espoir de demain.
Les deux pays, me semble-t-il, se complètent par le tempérament et la manière de voir, par la logique et les faits. Même s’il n’en était pas ainsi, nous devons nous rappeler qu’il ne reste plus beaucoup de liberté en Europe orientale que les deux chefs de la Liberté osent se disputer entre eux. Nous avons tous deux affaire aux peuples « non libres », aux pays voilés et étouffés où la parole d’un roi est un pouvoir absolu. Si nous devions nous quereller, qui en profiterait ?
Le Moyen Âge avec les armes modernes. N’est-ce pas vrai ?
Si je pouvais vous voir, je pourrais discuter plus à mon aise qu’ici d’un millier de questions intéressantes dans votre livre. Notamment de ce que vous avez observé de la froideur nationale du tempérament.
Non, notre « chasteté » n’est pas entièrement du baratin. C’est une nécessité administrative qui nous est imposée par la densité de la population. Imaginez un pays de quatre cents habitants au mile carré — s’ils étaient pénétrés d’une sensualité raffinée et durable ! Ce serait une orgie ! Cela entraverait la circulation. Par conséquent, nous sommes brefs et pragmatiques dans ces affaires.
De plus, c’est un peuple nourri de viande, dont 6 000 000 (soit plus d’un septième) vivent dans une ville qui, pendant cinq mois de l’année, baigne dans une semi-obscurité alternant avec de profondes ténèbres. Nous savons que cela excite certains centres nerveux et nous — le pays — faisons de l’exercice pour contrecarrer le stimulus.
« Nous comprenons que nous ne devons pas comprendre. »Tout comprendre peut revenir tout pardonner, mais cela signifie aussi tout commettre.
Je n’ai qu’un seul reproche à vous faire, mais il est sérieux. Dans votre livre, vous avez dit que j’adore Offenbach ! Je ne suis pas musicien, mais même moi j’ai quelque connaissance confuse des sons agréables, et je crains que vous ne m’ayez mal compris.
Non, pas Offenbach, jamais Offenbach. Sauf sur un orgue de Barbarie, comme intermède aux chansons des music-halls, les miennes peut-être !
Je préférerais être l’« impérialiste agressif » de la fiction plutôt qu’un adorateur d’Offenbach.
Très sincèrement vôtre,
RUDYARD KIPLING
BATEMAN’S, BURWASH, SUSSEX,
7 août 1904.


H. Davray fait le portrait de Robert D'Humières lors d'une conférence à la Kipling Society, reproduite dans le n°33 du Kipling Journal de mars 1935 : Comment Kipling a conquis la France :
"Ceux qui eurent le privilège de connaître Robert d’Humières gardent le souvenir d’un homme d’un charme peu commun. Physiquement, il était très séduisant, grand et élégant dans sa tenue. Une longue moustache blonde mettait en valeur ses traits d’une vive intelligence. Toute sa manière d’être et son apparence révélaient une personne de distinction ; c’était un aristocrate jusqu’au bout des doigts.
Il avait été officier dans l’armée française et, après avoir démissionné de son poste, il s’était consacré aux arts et aux lettres. Quelques années avant la guerre, il avait pris la direction d’un théâtre où il avait monté un certain nombre de pièces de Bernard Shaw.
Lorsque la guerre éclata, il retourna dans l’armée et fut envoyé à Marseille pour servir d’officier de liaison pendant que les troupes indiennes britanniques débarquaient. Il fut ensuite envoyé au front et, le lendemain de son arrivée dans les tranchées, une balle tirée par un tireur d’élite allemand le frappa en plein front.
La nouvelle de sa mort fut un coup terrible pour ses amis."

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