La chanson des Anglais (1892/93)
(Le choix de la traduction par ordre alphabétique fait ce ce site un puzzle de plus de 1000 pièces qui ne sera donc complet qu'avec le dernier poème. La présentation des recueils en particulier, nécessaire dès le premier poème traduit, ne peut-être complète que lorsque le dernier le sera. Il s'agit donc en attentant d'un dossier ouvert, encore en travaux)
English Illustrated Magazine > The Seven Seas
Publié dans la presse en 1893, dans The Seven Seas en 1896, en volume illustré par W. Heath Robinson en 1909, puis réédité plusieurs fois.
Traduction :
— en vers rimés par Jules Castier, Les sept mers, Louis Conard, 1920, reprise dans Kipling, Choix de poèmes par T.S. Eliot, Robert Laffont 1949
—En vers libres par Pierre Jean Jouve et Maud Kendall Les septs Mers 1924, moins The Songs of the Cities
Le poème comprend sept parties :
(titres traduits par Castier - Titres traduits par Jouve-Kendall
A Song of the English (prologue) : La Chanson des Anglais : Chant de l'Anglais
The Coastwise Lights : Les feux côtiers : Les phares de la côte
The song of the Dead : La chanson des trépassés : Chant des morts
The Deep-Sea Cables : Les câbles sous-marins : Les câbles de la haute mer
The Song of the Sons : La chanson des fils : Le chant des fils
The Song of the Cities : La Chanson des Cités : (non traduit)
England's Answer : La réponse de l'Angleterre : Réponse de l'Angleterre
Cet ensemble a été écrit pour l'inauguration à Londres de l'Institut Impérial en 1893.
Il est composé de plusieurs "chants/chansons" et inclus dans le recueil qui évoque et célèbre les liens, l'histoire entre l'Angleterre, la mer et l'Empire. Il est écrit par un Kipling qui, s'il a quitté définitivement son Inde natale, n'est pas encore installé en Angleterre. Il reste un Anglais d'outremer qui navigue autour du monde, principalement le monde "anglais" et mesure l'immensité de l'Empire, sa force, et ses faiblesses.
Il utilise le registre religieux, lui qui l'est si peu, pour s'adresser aux Anglais qu'il trouve trop peu concernés, sur un ton qu'on a pu qualifier de grandiloquent : Les Anglais sont le nouveau peuple Élu tant qu'il suivent la Loi.
Les "Anglais" sont tous les descendants des habitants des Îles Britanniques ayant essaimé autour du monde, y compris sans doute à une certaine époque pour Kipling, les Américains, pays où il a vécu et qu'il vient de quitter.
La réunion dans un même recueil du style de Song of the English avec celui des Barrack Room Ballads peut surprendre mais sous le vernis du premier il y a bien une continuité avec le second. Les recueils de Kipling ne sont pas une simple compilation, mais bien une composition qui demande une analyse.
Le prologue s'ouvre sur un parallèle avec le premier peuple Élu et l'ouverture par Dieu de la Mer Rouge. Pour les Anglais ce sont les septs mers que Dieu assèche en chemin pour tous les bouts du monde :
He hath made the deep as dry,
He hath smote for us a pathway to the ends of all the Earth !
Cette métaphore qui transforme la mer qui sépare en mer qui unit, qui comble la mer-gouffre en chemin sûr est reprise dans le deuxième poème à la gloire des phares, The Coastwise Lights, dans lequel Kipling décrit la mer apaisée comme "plancher lisse et sans ligne" (the lineless, level floors), redoublant les "ponts" des faisceaux lumineux ou des cables sous-marins.)
Kipling saura décrire la diversité de ces chemins maritimes sur lesquels les steamers, les câbles, les marins et leurs navires, les Anglais, misérables ou glorieux suivent leurs bonnes ou mauvaises fortunes. Il participe à cette représentation peu comprise en France, qui a longtemps vu l'Angleterre comme l'autre puissance continentale alors qu'elle était la puissance mondiale des sept mers.
Il est difficile d'estimer l'accueil en France des poèmes de Kipling, en particulier ceux des recueils finalement très peu traduits, et jamais en tant que tel pour A Song of the English qui connait de belles éditions illustrées en Angleterre. The Seven Seas fut un des plus grands succès de Kipling après Barrack-Room Ballads et il reste étonnant qu'il n'ait jamais été entièrement traduit, ni récemment (re)traduit.
En revanche, on peut relever quelques traces de "pollinisation", sans doute réciproque entre les poètes français et anglais, avant que l'influence de Kipling ne faiblisse, en Angleterre à cause de ses positions politiques, en France par sa relégation dorée dans la littérature pour enfants.
La "modernité" à la fois technologique de ses thèmes et de sa langue ( il mit pour paraphraser Hugo, le bonnet de marin sur le vieux dictionnaire ) le relie à d'autres poètes contemporains. Les références patriotiques et guerrières le rapproche d'Apollinaire qui pastiche The Absent-minded Beggar dans Le poète assassiné (1916), signe que la référence est comprise au moins dans son cercle.
André Chevrillon puis Victor Glachant, célèbrent en 1920 et 1922 le poète de l'identité anglaise, dans le sens patriotique d'exaltation du sentiment national d'après Grande Guerre.
C'est sans doute ce Kipling là que Pierre jean Jouve et Maud Kindall choissent de traduire traduisant 6 poèmes du "Chant des Anglais" sur les 6 poèmes de leur sélection.
C'est sans doute d'autres raisons qui peuvent aujourd'hui donner envie de lire cette section qui témoigne de l'art poétique de Kipling pour raconter des histoires d'une autre façon.
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